21/12/2011
Quatre à quatre
Rue de Ponthieu, il ya des grands noirs qui jouent au loto avec des valises diplomatiques. Rue de Ponthieu, il y a des bureaux qui ont appartenu à Francis le Belge. Avec des boitiers usagers qui ressemblent à des détonateurs.
Je n'ai pas envie que mes héroïnes ressemblent à Anna Karina, je n'ai pas envie que mes héroïnes ressemblent à Claude Jade, je n'ai pas envie qu'elles ressemblent à Françoise Dorléac, je ne veux que des filles maquillées, artificielles et sans conversation.
Trois comme les rois mages, les doigts de la main. Bref elles sont trois. Lisa habite une rue orientée vers l'Est et adore la sensation du soleil qui réveille son visage, à huit heures du matin quand elle se dirige à tâtons, les yeux dans la lumière, vers la station la plus proche. Elle passe devant une épicerie dont la devanture est illisible. Elle aime la fatigue oculaire du soleil. Le soleil, c’est gratuit.
Lisa veut un homme, un vrai.
Lisa, lorsqu'elle plonge son visage dans l'eau fraîche du lavabo, elle entend des aéroplanes. Les pandas aiment les hautes branches; mais pas les vols planés, alors, elle lève les yeux et fait une mine de déterrée, comme si on avait volé les ailes de l'Ange Gabriel. « On devrait jeter les aviateurs au trou » répète-t-elle,en boucle.
Viviane a l’allure d’une rose de Bretagne et vit dans un pavillon de banlieue où elle aime respirer. La pelouse est moche, la pelouse est jaune, mais elle sent bon. Elle l’arrache et la jette en l’air. Viviane lit.
« Encore un bouquin féministe ! » s'écrie Charline. »
Charline passe son temps à la piscine avec son grand chapeau plat. On la prend pour une américaine.
Les trois filles décident de braquer une banque parce qu'elles ont été licenciées. Quand on est licencié on ne fait plus de shopping, et quand on ne fait plus de shopping, on laisse le shopping aux grosses nulles qui ont mauvais goût.
- Et la chocolaterie ? suggère Viviane. Une chocolaterie?
Viviane lit trop. Viviane s'endort avec des sorcières rousses et Scott Fitsgerald qui fait du baise-main.
Les « pandas roux », c'est leur nom parce qu'elles se réveillent toujours à onze heures du matin.
Ajoutez une heure de maquillage, parce que c'est pas le genre à dévaliser une bijouterie en pyjama.
Charline joue avec ses bouclettes et en regardant ses copines comme si elles avaient inventé l’eau tiède. Charline a des chapeaux noirs, comme dans les films français expérimentaux.
« Tu connais le coup de la pomme? »
Rue de Ponthieu, il y a des dealers de cocaïne, de grandes brunes avec trois couches d'autobronzant, une sandwicherie kasher et des salades à 15 euros.
Des acteurs doublent un film d’animation. Soyez sympas, rembobinez. La ville grouille d’activités incongrues. Soyez sympas, rembobinez. La ville grouille d’activités étonnantes. Tiens, je n’avais pas entendu ça.
Elles enfilent des collants sur la tête.
Rue de Ponthieu, il y a des faux-cils, des faux seins, des faux airs et des fausses montres.
14:43 Publié dans Nouvelles, récits, Vie des autochtones | Commentaires (0) | Tags : paris, fille, champs elysées, illuminations, vol, portait, cinéma, lecture |
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Qu'est-ce qu'être fantasque?
Nous accueillons dans la Congrégation Laurent Nicolas, plasticien, animateur radio et nouvelliste!
Et sa lettre lance une véritable méditation philosophique sur le mot "fantasque"...
Sinon Laurent, pour information, je suis spécialiste des mortaises têtiaires, ayant corrigé jadis un catalogue de poignées de portes.
http://www.malaxi.net/
"Cher Stephan
Je ne manquerai donc pas cette invitation même si je ne sais encore quelle forme et tournure lui donner. Par essence je me méfie des congrégations, j'abhorre les crapules et ne trouve aux fantasques que ce que Sacha Guitry lui même leur autorisait en précisant : "il m'arrive de parler très fort à l'oreille d'un myope ".
C'est donc avec une joie indicible, un incontrôlable trac et un bonheur ineffable que j'accepte ton invitation à rejoindre "La Congrégation des crapules et des fantasques". Surtout, je l'avoue, dans l'espoir de recevoir très vite ma carte de membre que je rangerai, rassure- toi, avec la plus grande précaution dans mon portefeuille de moleskine entre celle des amis d'Álvaro de Campos et ma carte de fidélité de l'épicerie "Au soldat laboureur" 54 Avenue du Général Leclerc. Qui je te te le rappelle est en face de la rue de la Tombe-Issoire ce qui reste sans commentaire...
Mais ça, tu le savais sans doute, il me semble d'ailleurs, t'y avoir vu trainer dans les rayons bricolages à la recherche d'un sujet littéraire.
J'espère que la seule présentation de cette carte que j'entends exhiber avec une fierté académique ; j'ose espérer, devrais-je dire, qu'elle m'octroyât, sinon les faveurs d'une laudative du moins la compréhension des pandores lors de nos nocturnes mais éthyliques baguenaude Parisienne.
J'apprécierai du moins échapper une fois aux fastes de leurs invitations à finir la nuit dans leur hôtel sans confort par la seule grâce de la présentation de ce sauf-conduit. Et nous pourrons ainsi rentrer beuglant à tue tête dans les rues endormies, ces phrases d' Ernest Renan citées du dictionnaire de l'académie Française, édition de 1986 sur la définition de : Fantasque : "Notre époque de passion et d'erreur apparaîtra alors comme la pure barbarie, ou comme l'âge capricieux et fantasque qui, chez l'enfant, sépare les charmes du premier âge de la raison de l'homme fait. Notre politique machinale, nos partis aveugles et égoïstes sembleront des monstres d'un autre âge."
Laurent Nicolas
12:11 Publié dans Congrégation des crapules et des fantasques, Photo, art contemporain | Commentaires (0) |
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