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19/07/2015

Action Vérité

 

Amandine n'avait pu réprimer une grimace de dégoût. Elliot avait un bec de lièvre qui entravait son élocution. Une partie de son visage était tâché comme s'il avait été brûlé vif. Cette rencontre l'avait d'autant plus surprise que sa silhouette bondissante ne laissait pas présager une telle monstruosité. Au fil des jours elle avait appris à l'aimer, sa drôlerie, sa façon de danser époustouflante. Ses cheveux longs cachaient des yeux gris. Elle les avait oubliés et ce fut après la disparition qu'elle s'en rappela. Elliot se volatilisa comme une ombre quand le soleil apparaît. Elle ne lui avait auparavant jamais posé de questions. Elle  préférait lui tenir la main. Il disparut un jour de neige, sans emporter de bagage. Au beau milieu des sapins et des guirlandes en aluminium.

Chaque matin, au réveil, elle imaginait son retour. C'était devenu un rituel matinal au même titre que le café ou l'eau froide sur le visage. Elle se le représentait avec une barbe de plusieurs jours, il la prenait dans ses bras, ne lui donnait aucune explication et finissait sa vie avec elle, sur un tapis en duvet, au pied d'une cheminée, avec des enfants qui courent derrière les canapés. Mais chaque jour la maison était vide, la journée s'écoulait sans lui. Il avait bel et bien disparu, sans l'embrasser. La gendarmerie n'attacha aucune importance à ce qui ressemblait à une fugue ou à un départ volontaire.


Aucune dispute n'avait précédé son départ.
Aucune mésentente.
Aucun conflit.

Amandine était certaine que l'affection d'Elliot  le dévorerait  comme au premier jour et qu'il n'oublierait jamais les yeux ronds, les boucles, le visage d'angelot de sa compagne et le poids des ans sur leur amour.

Trois mois s'écoulèrent. La pelouse verdissait.

Il revint et lui offrit une marguerite. Elle le reçut comme dans ses songeries matinales sans lui poser de questions. Il ne lui donna aucune explication, jusqu'au jour où, un croissant à la main, il lui raconta tout. Elle avait toujours cru qu'il était fils unique. Or son frère vivait en Suisse, dans un chalet, atteint également d'une malformation génétique et avait décidé de passer sa vie à l'abri des regards. Il l'avait découvert blême, allongé sur son lit, sans médicament. En le voyant, Elliot s’était lancé : "J'ai voyagé pour te dire que l'amour existe, que je l'ai rencontré, il y a dix ans, et que tu peux sortir de ta cachette." Son frère était blanc comme un linge, mais Elliot sentit qu'à ces mots ses yeux pétillaient.

Amandine vola dans les bras d'Elliot et la tasse de café se renversa sur les cuisses du malheureux.

 

07/06/2014

Le Quizz estival ! Munissez-vous d'un bon vieux papier et d'un stylo...

QUIZZ

 

Quelle héroïne êtes-vous  ?

 

1)      Votre libraire idéal c’est :

*  Un jeune irlandais alcoolique.

@ Une bombe brune qui mange sur sa planche de surf.

£ L’arrière-petite-fille de Georges Sand.

 

2)      Vous emmenez sur une île déserte :

*Une cloche.

@Votre ipad.

£Un groupe électrogène.

 

3)      La vie ne serait pas la même :

*Sans toit.

@Sans toi.

£Sans moi.

 

4)      Tu vas danser en boîte :

*Au Balajo.

@Aux Bains-Douches.

£ Chez Castel.

 

 

5)      Tu bois :

*Un TGV.

@Un bombardino.

£ La prune de ton copain Alex.

 

6)  Devant l’ouvreuse c’est :

* « Une place pour Chacun cherche son chat ch’il-vous-plaît. »

@ « Le Temps des gitans, please ! »

£ « Quelle salle pour Nymphomaniac ? »

 

7) Tu te réveilles :

* Dans un champ.

@Dans un enclos.

 £ Dans un musée.

 

8) Ton rêve favori :

*Rome.

@ Stockholm.

£ Goa.

 

9)      Ta citation préférée :

* « Entre ici, ami de mon cœur. »

@ « J’aime ces hommes qui font ce qu’ils peuvent, assis sur le bord des fleuves »

£ « Le temps est un vieillard qui a la malice des enfants. »

 

10) Tu veux l’emballer :

*Tu prends du papier-cadeaux.

@Tu mets une cravate.

£ Tu l’invites à un effeuillage burlesque.

 

11) T'es qui toi?

*

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 @

 

£

 

 

Retrouve ton profil ci-dessous dans les commentaires...

 

 

 

 

 

14/09/2013

Cadeau de rentrée

S.Bundita nous fait l'amitié d'un court extrait en langue originale. Merci à lui.


This is a brief extract of my first novel, wich should be translated in french, maybe in the upcoming months.

"I remember men who discussed in the kitchen with my mother, when we were supposed to sleep, my sister and I, in our room covered with pictures of Brezhnev.

Today in the English pub in north London, I have liberty to consider how our childhood was happy. Every morning, our grandfather passed kissing and drop pretzels, cheese, and sausages for our return from school. He asked us, after removing his glasses if we had slept well. We oftenly did not answer. "The night was good, guy?" Then he was waiting for us outside on a wall, feet soaking in the Dniester, to accompany us to the place dedicated to education of young pioneers.

We took the road, surrounded by vineyards, smiling at him. And his gracious presence dissipated contingencies."

Spiridon Bundita Touloupe, 2004


 


Je m'attelle à la traduction de cet écrivain. Des sueurs froides, un vrai plaisir à débuter comme traducteur.

Deux liens d'articles passionnants sur le blog Malaxi.net


my-entry.html

histoires-damour-sans-queue-ni-tête-aux-editions-lilo.html

12/04/2013

Stone et Rolling

La trotinette filait à la vitesse de l'éclair, tournoyait entre les passants, frôlait les panneaux signalétique. Tous deux nous chorégraphiions nos déplacements aux millimètres comme des danseurs étoiles, des virtuoses de la glisse urbaine, car à l'air libre, notre entente atteignait son apogée, tandis que nous profitions de l'espace confiné de l'appartement pour nous mettre sur la gueule. Des héros de la voltige. La réalité des trottoirs s'évanouissait sous nos planches. Le grand attendait le petit, le petit attendait le grand et nous n'attendions personne. Papa courait derrière nous dans l'espoir que nous le guettassions dans un sursaut étonnant de reconnaissance filiale. Mais tel était le prix de notre complicité, et lorsque pris d' un désir héroïque, je soulevais la jambe droite en arc de cercle, mon cadet faisait de même, râpait les murs, ouvrait haut la bouche, roulait des yeux, poussait un cri, et se ramassait, pour remonter dans la seconde tel un cowboy, sur son destrier, afin qu'il ne soit pas dit que l'enthousiasme fût éteint, la flamme retombée.

J'ai toujours eu l'oreille musicale. Les chansons que je fredonnais avaient pour mérite une mélomanie que les passants qui se décalaient se retrouvaient contraints d'apprécier, tandis que mon cadet beuglait comme un veau des refrains méconnaissables. Nous aimions nous frôler tels deux pilotes de meeting aérien, conscients des risques, maîtres des technique, au fait de leurs effets. Dans la dernière descente, Papa au comble du ridicule, nous prenait en photo, l'espace d'un cliché, nous devenions la septième merveille de la rue, les Paul et Pierre qui roulent.

Nous tenions à prouver que la sécurité nous importait. Néanmoins maîtrisant mal notre distance de freinage, nous nous arrêtions au milieu de la voie, plutôt qu'en amont, croyant prendre garde aux dangers, espérant lire dans les yeux de notre père de la fierté, malgré ses dénégations et sa promptitude à nous reposer sur le trottoir.

Puis je filais et tu refilais, non sans me lancer au vol des insultes fraternelles avant de piler net dans devant le cabinet d'ophtalmologie, but ultime de notre voyage. Je sonnais à la porte. Nous retirions nos casques. Papa pliait les trotinettes. Et nous prenions place sagement dans la file d'attente, soudain rendus à nous-mêmes et privés de nos tapis volants.

 

 

28/03/2013

Les grands Entretiens du mardi de Pardie - Victoria Olloqui et Sandy Besse

Toutes deux sont réunies sur les planches, dans Une Nuit au Poste, où deux jeunes femmes que tout oppose sont contraintes de cohabiter en garde à vue. La pièce d’une vraie sobriété évite les écueils du café-théâtre et emporte l’adhésion par la justesse de l’interprétation.

Après avoir tourné pour Jean-Pierre Mocky et joué dans des pièces d’Harold Pinter, Sandy Besse s’apprête à faire chavirer Le Cœur des hommes en Octobre 2013.

Victoria est au casting de Turf, de Fabien Onteniente, avec une distribution de purs-sangs, Edouard Baer, Alain Chabat, le comédien russe Gérard Depardieu.

Vous la croiserez dans les spots de l’Opel Corsa où, sous l'oeil de Klapisch, elle oeuvre au rapprochement franco-allemand. À moins que vous ne préfèreriez la radio où elle tire à vue sur le Père-Noël à grands coups de pastilles rock.

Interview deux en une, et pétillante.

 

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Mise en scène de Jérémy Azencott,  Création lumière David Négroni.


Vous êtes à l’affiche d' Une nuit au poste. La pièce a été représentée à Avignon, avez-vous un souvenir marquant, à deux ou individuellement ?

Sandy - Ah ! Il y en a beaucoup !

Victoria- C’est la première fois qu’on prenait part à Avignon, donc on débarquait…Le souvenir marquant, c’est la première  journée d’affichage…Elle était assez folle si tu ne l’as jamais vécue…On vous donne un « GO ! », tout le monde s’élance. La mairie impose un horaire une semaine avant. Les gens le respectent assez. Ils attendent 13 heures sur le bord des rues avec des affiches et des échelles, et en une heure il n’y a plus d’espace dans Avignon.

C’est la conquête de l’Ouest ?

-Oui, c’est tout à fait ça. C’est fou à voir…Et la ville du coup ne ressemble plus du tout à ce qu’elle était.

 Sinon la première !!!... On ne connaissait pas beaucoup de gens à Avignon.

Sandy-  Nous n’avions pas la possibilité de faire venir les amis, la famille : mais comment les gens vont-ils venir nous voir ? Qui va prendre la peine ? Et la première était complète, nous étions derrière dans les coulisses, nous voyions à travers  un tout petit trou qui nous permettait d’observer l’assistance, et nous nous disions : « Mais qui sont ces gens qui sont venus pour nous ?

 Nous étions choquées ! C’est un bon souvenir…

Comment envisagez-vous chacune votre personnage ?

Mon personnage s’appelle Isabelle, c’est un  rôle de composition, je n’ai jamais fait de garde à vue, ce qui me touche dans ce personnage ce sont ses blessures, son parcours, finalement son côté humain, ce huit-clos fait qu’elles sont ramenées à l’essence de ce qu’elles sont, aux valeurs humaines, chacune a l’impression que ce qu’elle vit est unique et chacune se rend compte que non, qu’il est possible d’avoir une souffrance peu importe le rang social ou la situation familiale qui est la nôtre.

Est-ce que Victoria fait la gueule comme ça dans la vraie vie ?

Non ! Non ! Non ! Elle ne se renferme pas…

Et toi Sandy, ton personnage ?

Cette fille gâtée, pourrie, est en vérité une fille en mal d’amour, d’affection, dont les parents ont compensé l’amour par de l’argent…et qui essaie d’exister comme elle peut. Elle va donc voler un bijou pour attirer l’attention. Finalement elle se retrouve dans une cellule de garde à vue pour la première fois de sa vie…C’est une aventure pour elle, elle est heureuse, elle vibre enfin…Elle se retrouve avec Isabelle et va se raccrocher à elle pour être aimée,  pour lui donner de l’amour.

Sandy es-tu exubérante comme ça dans la vie ? Comme Audrey Hepburn quand elle vole chez Tiffany’s ?

Non ! Même si la référence me plaît bien…

Le metteur en scène vous a-t-il aiguillées ?

Oui, il voulait que nous soyons réalistes sans être caricaturales. Son but était qu’en tant qu’actrices nous puissions nous les approprier.

Victoria, vous êtes plutôt connue pour votre goût du second degré. Y a-t-il de l’humour dans la pièce ?

Oui ! Vous n’avez pas ri ? Il y a des moments improbables…Le personnage de Diane est dans les extrêmes, « je veux me suicider… » Leurs deux univers s’entrechoquent.

Avez-vous eu des retours de gens qui ont déjà été en garde à vue ?

Nous nous sommes renseignés en amont pour avoir des témoignages, pour nous nourrir des choses vraies.

Le metteur en scène et l’assistant désiraient savoir comment se comporte une fille qui en est à sa quatrième garde-à-vue…qui veut trouver le sommeil... L’angoisse de ne pas savoir l’heure qu’il est…

L’angoisse de la claustration semble en effet monter très facilement, est-ce une projection ?

Non, ne pas avoir la notion du temps rend les gens très claustrophobes...Ils sont confrontés à eux-mêmes, l’absence d’échéance finale les inquiète.

Le moment d’excitation passe assez rapidement…

Diane, interprétée par Sandy, réalise qu’on ne va pas lui rendre son portable, qu’elle ne va pas pouvoir appeler sa mère…L’inquiétude commence à monter…Le côté rebelle « super, j’suis en garde à vue » s’évanouit.


Sous l'objectif de © Romina Shama


Quelques éléments frappants de la mise en scène de Jérémy Azencott pour donner envie d’aller voir la pièce ?

Le côté graphique de la scène, des lumières, la musique. Elle est primordiale, il a effectué beaucoup de recherches pour qu’elle corresponde exactement à ce qu’il souhaitait transmettre…Chaque scène est présentée comme un tableau.

J’ai été effectivement frappé par des ruptures.

Comme s’il avait fait un montage de film, du temps qui passe, avec des ellipses…

Vous êtes avec Régine, Jacques Chazot, une figure emblématique des nuits parisiennes! Quels en sont les avantages?

Ah! Ah! Ah! Sandy a droit à Audrey Hepburn, moi  Régine… !

Nous adorons nous amuser, on est jeunes.

Les avantages  ?

C’est oublier son cerveau de temps en temps, pour quelques heures, le laisser au vestiaire…

Un truc qui fait le nightclubber ou la nightclubbeuse ?

Le plus drôle chez le nightclubber ou la clubbeuse, c’est l’angoisse de louper la soirée de l’année, ce qui fait que nous nous retrouvons dehors alors que nous n'avons pas du tout envie de sortir.

« Ce soir je ne sors pas, je ne sortirai pas ! » mais la crainte de louper la soirée du siècle…

Alors que les soirées se ressemblent…mais on ne sait jamais car si le lendemain on nous dit « t’as loupé la soirée du siècle ! » là on le vit mal…  Quelque chose de très ancré, depuis petite j’ai toujours aimé la nuit, quand j’étais à l’école, j’avais toujours de la peine à me coucher et du mal à me lever, il y a une énergie la nuit qu’il n’y a pas le jour…

Si tu devais emporter, Sandy, une pièce de théâtre sur une île déserte ?

Une Nuit au poste !

Et si vous êtes toutes les deux sur une île déserte et que vous avez déjà lu Une Nuit au poste  !

La chatte sur un toit brûlant ! Je la prendrais bien, juste pour le kiffe, fabuleuse, je pense qu’on peut bien s’amuser, toutes les deux sur une île, rire, se fighter !

Sandy? Une actrice que tu imiterais dans le bus ou dans le taxi, avant d’aller en boîte ?

Valérie Lemercier ! « Je vais voir Hubbb ! »

Victoria, si ce n’est imiter, à qui voudrais-tu ressembler ?

Dans un idéal une actrice comme Naomi Watts ou Romy Schneider. Un modèle pour moi, elle m’a donné envie de faire ce métier, depuis Sissi…

C’est parce que Sissi vit en Suisse ? (L'auteur de l'interview confond Sissi et Heidi .)


Romy Schneider avait ce côté très naturel, elle incarnait ses personnages, cette élégance, elle bouffait l'écran.

Dans une interview tu as dit, ce qui me parait  incongru, que tu voudrais ressembler à Grace Jones ?

Non, on me demandait mes idoles. Son exubérance, elle est « au-delà !» comme David Bowie, emblématique, au-delà de l’humain, de l’art pur. Ses albums sont dingues, sur les photos d’Helmut Newton...


Sandy ?

Moi c’est Marilyn Monroe ! Elle était sublime, depuis mon plus jeune âge. Ma chambre était couverte de posters de Marilyn, ses films, ses chansons, ses livres. Sa vie me bouleverse. On se demande comment lorsqu’on est une icône comme elle, lorsqu’on est idôlatrée, comment il est possible d’être si seule et malheureuse. Le livre le plus bouleversant sur Marilyn est celui narré par son psychanalyste, où il raconte l’évolution de Marilyn et la place qu’elle prenait dans sa vie.

As-tu aimé le tournage de Turf ?

Oui, un casting de fou ! Me retrouver là avec Alain Chabat, Edouard Baer, Lucien Jean-Baptiste, Philippe Dequesne et Helena Noguerra le premier jour...tous ont été charmants! Fabien Onteniente et son équipe également. J’étais un peu la fille qui débarquait, ils m’ont rassurée.

As-tu rencontré des repris de justice sur les hippodromes ?

Alors peut-être sans le savoir…

Es-tu restée pour y assister à des courses ?

Hé bien oui! Je montais à cheval mais je ne regardais pas les courses au Pmu, j’ai découvert ça à Paris, à l’hippodrome de Longchamp. J’ai regardé pas mal de films dont Secrétariat, tiré d'une histoire vraie, avec Malkovitch comme coach hippique et qui n’est pas sorti en France…

Je me suis prise au jeu, à parier, je ne comprenais pas toutes ces côtes, tous ces trucs…j’ai aimé ! Il y a une ambiance très rigolote, tout le monde hurle pour son champion. J’adore les noms des chevaux :  tous si improbables !

Ce n’a pas été trop dur de subir les avances d’Edouard Baer ?

Non, non, il ne m’a pas du tout fait d’avances. Il est adorable, très drôle, ce qui est dur, c’est de ne pas rire à ses vannes, surtout lorsqu’il fait des blagues en contre-champ. Difficile d’éviter le petit fou-rire qui arrive…S’il te plaît, s’il te plaît !

Sandy : des projets de cinéma en vue ?

Oui, je joue dans Le Coeur des hommes 3 qui sort en Octobre 2013, au côté de Marc Lavoine …

Et Gérard Darmon ?

Non, ile ne fait pas partie du troisième volet. Eric Elmosisno, joue le 4ème copain.

Tu as le droit de le dire ?

Oui, oui, c’est officiel !

Ton film préféré ?

Autant en emporte le vent !

Pour moi c’est intemporel, je l’ai vu un million de fois, quatre heures, nous ne voyons pas le temps passer, le jeu des acteurs, l’histoire d’amour, dans une interview un réalisateur raconte qu’il a fait un film cette année-là, quelle erreur !

Lorsqu’ils ont casté le personnage de Scarlet O’Hara, Vivian Leigh n’était pas encore actrice mais elle l’incarnait tant...

J’ai vu un film dernièrement de Roger Avary, Les Lois de l’attraction, Avary est le réalisateur qui travaillait dans un vidéo-club, au côté de Tarentino, c’est là qu’ils ont décidé d’écrire True Romance. Après Pulp Fiction leurs chemins se sont séparés. Et Avary a réalisé Les Lois de l’attraction, adapté de Bret Easton Ellis, ce film m’a bouleversée.  Avec  des scènes de génie. Au fur et à mesure nous rions jaune, parce que les situations deviennent violentes. Je pense qu’il en a inspiré plus d’un avec ce film.



© Romina Shama

J’ai lu des déclarations fracassantes sur le Roi Arthur. Tu as affirmé qu'il était méchant : pourquoi le Roi Arthur est-il méchant ?

C’est le premier personnage que j’ai incarné quand j’étais petite. J’avais huit ans, je faisais partie d’une troupe scout, et pour le Roi Arthur, le rôle était destiné à un garçon. Il se trouvait qu'il  n’apprenait pas son texte. Et le metteur en scène a décidé de le virer. Il fallait quelqu’un qui ait du caractère, le Roi Arthur dans Merlin l’Enchanteur. Je n’avais pas un tempérament de leader, je ne m’imposais pas. Pour la première fois j’ai levé la main et me suis proposée pour le rôle. J’étais passionnée et connaissais le texte sur le bout des ongles. J’ai pu montrer une facette de moi que je ne découvrais pas dans la vie. La magie du théâtre. Nous pouvons être un Roi, un garçon, jouer des personnages odieux, méchants, sans scrupule puis redevenir enfin qui nous sommes vraiment.

Sandy, un premier rôle ?

Quand j’étais petite, je prenais des cours à la Salle Pleyel, il y avait des spectacles dans des salles énormes et je jouais toujours des hommes. Toujours des jeunes premiers de Molière, Marivaux... Et cela me rendait triste, c’était l’incompréhension. Et un jour lors d’une reprise de Grease on m’a proposé le rôle principal, je pensais qu’on me proposait le rôle de John Travolta !

Non, Olivia Newton-John !

Si vous deviez persuader Mickael Gorbatchev d’accepter une interview sur le blog ?

D’abord nous lui demanderions de passer  voir Une Nuit au poste…

 

Rock and roll and girls

 

"It's true, I'm kind of retarded. But I'm also kind of amazing", Hank Moody


Valentine remonta son tee-shirt.

- J’ai mangé comme une truie ! Et voilà ! Trois jours sans baise !        

Elle montra son ventre.

-En même temps, je n’ai rien à me mettre sous la dent.

Elle remarqua son petit neveu.

- Oh ! Un enfant !...

 

Elle avait les cheveux en vrac et sautillait.

- Je suis une roller-girl, je suis une roller-girl.

- En tout cas t’as pas oublié ta planche à conneries, remarqua le bassiste.

Avec sa moustache, il se prenait pour Stanley Clarke. Il avait des visions et était persuadé que sa veste ouverte aérait ses poils. « Ils sentent les bonnes vibrations, tu sais il ne faut pas les brusquer, ils entendent tout. » Ce soir, le groupe devrait éviter l’amateurisme. La répétition était sur le point de commencer et Serge, torse nu, se pencha sur sa gratte, mais une bourrasque ouvrit la porte. Une grande brune. Il leva les yeux vers le trench-coat à boutons noirs.

- Je suis ta fille ! vociféra-t- elle.

Un ange passa. Les membres du groupe posèrent leurs bières.

 Valentine se tourna vers sa batteuse et lui souffla : «Tu crois que c’est vrai ? 

- Impossible, avec son nez, elle ressemble à Sollers, c’est pas une musicos.

Serge était rouge comme du Tabasco.

- Suivez-moi Mademoiselle, nous allons discuter de cela dehors.

Il devenait subitement courtois.

Valentine tenta de détendre l’atmosphère.

- Mademoiselle ? Connard ! C’est un mot sexiste !

Il prit la longue brune par la main.

- Regarde-le, il va nous laisser en plan, tu le crois ça ?

- Plus rien ne m’étonne, déjà que c’est pas du premier choix…

- T’as raison, je préférais encore l’autre con qu’est parti se recueillir à Menphis.

- Menphis ? Tu parles, il est allé voir sa pute, oui !

Elle aperçut son petit neveu.

- Oh ! Un enfant !...

Sophie alla chercher du miel pour s’adoucir la voix. Ce soir, le groupe se produisait à l’Elysée Montmartre, du sérieux. Il fallait espérer que le père caché revienne. Elles n’attendirent pas longtemps. Un coup de vent ouvrit la porte, il était de retour.

- C’est une amie qui voulait me faire une blague…

Ses joues n’étaient plus empourprées par la honte.

Il était pâlichon.

- Alors, t’es prêt Oliver Twist ? clama Valentine.

Sa batteuse pouffa.

- Ne te moque pas, ce n’est pas lui l’orphelin.

Il quitta la pièce précipitamment. Son estomac se nouait comme un nid de serpents.

Il vomit dans les toilettes sous le poster à moustache de Janis Joplin. Il releva la tête en se demandant qui avait bien pu graffiter le cliché. Puis il replongea la tête dans la cuvette pour cracher de la bile. Il se redressa en tentant de se souvenir du prénom de la copine de Janis, c’est vrai que Janis était bisexuelle. Puis il s’inclina définitivement. Il régurgitait de l’eau.

Pendant la répétition, Valentine avait l’impression d’être la Reine des abeilles. Tout le monde s’affairait autour d’elle. Elle était allongée sur son vieux canapé orange. Short noirs, bas clairs, talons azur, Sophie moquait sa sexitude. Elle tournait autour avec son mobile, pour prendre des photos accablantes. Toute la ruche bourdonnait sous les yeux émerveillés du petit neveu qui sentait confusément qu’il était au bon moment au bon endroit.

Serge, revint tout blanc avec un air d’apiculteur allergique. Il ne daigna participer que pour faire des références inaudibles à Stanley Clarke. Et se pencher sur les partoches  fut une tannée.

Valentine travaillait une version féminine de « Whisky bar » qui présentait des risques d’implosion.

Sous la fenêtre l’eau de la fontaine jaillissait à gros bouillons.  Les voitures longeaient les immeubles. Dans l’une des vitrines brillait un costume de Samourai.

Tout à coup, elle bondit hors du canapé, fiévreuse,  excédée par le retard de sa podologue, car avant le concert, il n’eût pas fallu déroger au rituel superstitieux du massage orthopédique. Serge misait également sur la podologue pour résorber le début de panari dans ses santiags offertes, il y a des lustres, par Les Chaussettes noires.

Sonia, la choriste, une grande black aux cheveux dressés comme des canisses, rappela la pédicure.

Elle arrivait. Elle frappait à la porte. Elle était là.

 

Valentine ne lui dit pas bonjour.

- Tu as pensé à ce que je t’ai demandé ?...

La podologue sortit une seringue.

- Je te pique dans le mollet comme d’habitude ?

- Oui, avec mes cuissardes on ne verra rien.

 

Après l’intervention, la podologue demanda à Valentine comment elle se sentait.

Pour toute réponse, elle lui roula une pelle.

- Wonderwoman.

19 heures.

Tout ce petit monde prit son matériel sous le bras pour le déposer dans le 4x4 Vitara de Serge, près d’un bar. Un voiturier regardait Sonia bizarrement. Elle s’interrogea.

Serge lui suggéra de ne pas s’inquiéter. Serge était au jus.

- Il a cru que tu lui faisais des avances, c’est un club échangiste.

Les yeux de Sonia s’arrondirent.

- Y a pas de honte, Madonna y fête son anniversaire.

La fumée du 4x4 ne laissait aucune chance aux cyclistes. Lorsqu’ils arrivèrent à l’Elysée Montmartre, ils découvrirent une sorte de hangar lugubre, plein de poussière.

- C’est pour le retrait de marchandises ? demanda Sophie.

- Non, c’est là qu’on chante.

Le premier titre fut un succès, des filles aux cheveux bouclés, tatouées et à demi-nues se déhanchaient mais une spectatrice ne regardait pas Serge comme les autres. Il recula de deux pas. Sa tête heurta un stroboscope. Une heure plus tard, quand il passa un scanner, il songea à sa lâcheté. Valentine, Sophie, Sonia l’accompagnèrent. Elles terminèrent leur nuit aux urgences et firent les yeux doux aux internes. Mais ils n’avaient pas le temps.

Avec Serge dans le coma, nous sommes vraiment un Girls band. 

 

 

 

 

03/02/2013

La Bretagne, ça vous gagne.

Saint-malo est un hors-d'oeuvre, une fondue de poireaux sous les noix de Saint-Jacques, rien de plus. Un office du tourisme pour les usagers du Tgv. Mais il faut s'enfoncer dans les terres, ramasser des bruyères en silence, boire à la fontaine de Barenton, marcher sur les pas de Tess dans les chemins boueux de Locronan,  discuter avec des suicide girls dans les rues du Bono, pour que la Bretagne vous laisse entrer, pour goûter aux lèvres de Mélusine.

Il y a dans le granit de Saint Malo, comme un goût des départs et de la résistance à l'oppression. On ne fait pas de quartier à Saint Malo. Si la ville est détruite, on reconstruit. Le Breton est persévérant. C'est une cité moderne avec un charme fou. Se balader à marée haute sur la muraille, retrouver Margot derrière les flots bleus, la piscine au plongeoir rouillé, les hôtels qui puent le poisson. Il y a des originaux qui lisent Chateaubriand sur sa tombe. Filez manger des pommes de terre salées au Chalut, vous m'en direz des nouvelles. Les omelettes de qui vous savez où savez, c’est rien. Sur la longue plage, le bar rasta promène sa silhouette burlesque, je ne vois pas pourquoi Bob Marley s’y serait arrêté, excepté pour jouer au ballon rond, à moins que ce ne fût une parenté pirate avec la Jamaïque et que Surcouf vînt y danser le reggae.

 

La muraille joue le rôle d’écran acoustique, nous cessons nos conversations.

 

Un chapeau, une cité corsaire, une manière d'huître.

06/12/2012

La troisième partie de la première séance

La blondeur de Bérénice était radicale, elle m'a pris la main, j'étais aux anges. Nous sommes rentrés dans la salle. Elle était organisée en gradins étroits, sans siège. recouverts de coussins. En fait, nous participions à une pyjama partie. Seuls. Voilà ma Bérénice sur des courtepointes, j'ai fait de grands yeux, elle s'est mise à me lancer des poufs,  j'ai refait de grands yeux et j'ai saisi un édredon, me suis levé et l'ai lancé en poussant des cris comme un ours. Bérénice, c'était mon pot de miel et elle s'est cachée derrière un boîtier d'extincteur, je ne voyais plus que ses jambes. Les gambettes du pot de miel. 

Puis j'ai reçu des plumes sur la tête. Sur l'écran passait une pub d'assurances. Moi on  ne dirait pas mais je suis calé en Kusturica, chez lui les ours, ils mangent les bretzels et ouvrent les portes en les arrachant. Et je crois qu'ils prennent des bains de pommes.  Je sais que le rêve secret de Bérénice c'est de prendre des bains de pommes avec moi, ou de se métamorphoser en pot de miel, mais elle ne le sait pas encore. C'est le problème avec les filles, à force de ne rien leur dire elle ne nous disent rien, mais pour nous lancer des polochons, y a du monde.

 Je me suis livré à corps perdu dans cette pyjama partie, car j'avais l'intuition qu'au regard de mon histoire elle se transformait en moment magique. Et que le temps figeait les plumes en poussières de bonheur, notre bataille en éternelle dispute adolescente. Le moment serait gravé dans notre petite tête de moineau.

Le cinéma ne serait jamais au delà de ça, du plaisir d'une salle exclusive et de l'amitié débordante. Elle m'a tendu son paquet de mini carambars que j'ai accepté. Puis d'autres spectateurs ont eu l' idée incongrue de s'installer dans la salle.

Le nom du film "La Nuit juste avant les tisanes" s'est reflèté sur le décolleté de Bérénice.

26/11/2012

Extrait futuriste

 

"Elle avait surnommé son Tamagoshi J’y peux rien, car ce n’était vraiment pas de sa faute si les gens ne se parlaient plus. Dès qu’elle voulait discuter avec lui de l’amour ou de ce qu’elle lisait dans les livres les réponses du robot frisaient le grotesque. Lorsqu’elle se laissait aller à des confidences amoureuses, il lui répondait invariablement « 72 pour cent des filles préfèrent les préliminaires » ou encore le très mystérieux « Les actions les plus simples sont parfois les plus difficiles à réaliser ». Tout portait à croire que le toqué était paramétré par des analphabètes. L’époque aimait compter, moins on avait de choses à se dire, plus on donnait des chiffres. J’y peux rien faisait appel aux sondages pour répondre aux questions."

 

                                                                              ...à paraître

 

 

21/11/2012

La deuxième partie de la première séance (suite)

Bérénice préférait voir "La nuit juste avant les tisanes", l'histoire d'une cultivatrice kirghize qui accouche seule, dans son champ.Bérénice des idées baroques. Elle aime se balader à Bruxelles et lit Cioran. Cioran, ça a l'air tellement triste, que quand je vois Bérénice qui le lit, je pleure, rien qu'a l'idée qu'elle le lise, je ne veux pas que Cioran fasse du mal à Bérénice, je lui aurais bien dit mes quatre vérités, mais il est mort..le crétin.

Nous sommes donc entrés dans le cinéma si-indépendant-qu'il-est- marginal, moi, je me laissais guider je regardais Bérénice, mon écran noir à moi, Bérénice a un bonnet de laine, des cheveux blonds, qui descendent en torsades, sous le couvre-chef et juste ça  c'est le générique de début de Bérénice parce que après, sa taille ravissante ressemble à une liane , et son short, indicible, un short indicible. Berenice s'est retournée et m'a souri.

Elle n'est pas très bavarde, elle s'est fixé une règle, jamais plus de trois mots! Je la connais parce que je suis malin. La règle du mystère. Trois mots. Miss, terre, rieuse. Même si on lui chatouille les pieds avec des chamallows, elle ne parlera pas, car il y va de sa capacité de séduction, et la capacité de séduction chez une fille, c'est sacré, comme le soleil chez les Mayas ou la planche de surf au Pays Basque. Les campeurs mangent dessus. 

À maline, malin et demi. Du coup ce jour-là je ne parlais plus, je la suivais, j'étais muet, j'étais mutique, j'étais mythique, et pour couronner le tout,cerise sur le générique, elle avait des talons hauts qui claquaient sur le parquet du café, au milieu des photos d'exploitation. Vous vous dites que je me fais des idées, que je fanfaronne, je ne vous mens pas mais je vais être honnête, Bérénice n'est pas ma petite amie, c'est une copine, mais je la verrais bien comme ma petite amie qui parlerait italien couramment et qui serait hyper cultivée en cinéma, tellement cultivée, genre silence ça pousse. 

J'étais décidé à passer à la vitesse supérieure, mais avec ce film Kirghize sur les tisanes, et ma stratégie du mutisme cela  ne facilitait pas le contact!  Ha oui, j'ai oublié de vous le dire mais je suis brun. Ainsi nous avions à nous deux trois mots de vocabulaire pour nourrir la conversation. Silence ça pousse. 

16/11/2012

La première séance

J’ai eu de la chance. Je n’ai même pas eu à l’inviter, Bérénice m’a trainé voir un film d’art et d’essai, (soupirs trois fois) c’est sûr qu’avec un nom comme ça elle allait pas me proposer de voler des bagnoles. Ni une, ni deux, je mets ma plus belle chemise, avec des surpiqures qui brillent, façon Brodeback montain, sans le cheval, mais avec Bérénice et nous voilà dans une ruelle étroite, ringarde à côté d’un magasin de pelotes de laine. En face du cinéma indépendant, mais je dois vous faire une confidence, il était pas indépendant, il était pire. Il était tellement indépendant qu’il était marginal. Il était tellement noir qu’au début j’ai cru que c’était un magasin de téléphonie pour appeler en Syrie avec des cartes prépayées, mais j’ai levé les yeux et avec Béré on a vu les affiches.


Deux films. Deux chefs d’œuvre.

Un film grec « La laitière ne passera pas trois fois »
Dessous y avait des extraits de journaux pour nous donner envie de le voir.
Télérama, « On rit, on pleure, on boit du petit lait »

Oui je sais, j’ai trouvé que c’était un peu limite comme jeu de mots, c’est pas mon genre. Moi j’aime l’humour fin, l’humour qui fait réfléchir.

Technikart, vous savez, c’est un gros magazine avec que des mots nouveaux dedans comme "métrosexuelle", "drum and bass", "cougar"
Donc Technikart ils avaient mis « Un film grec tellement intelligent qu’il fait tourner le yaourt » Et ils concluaient Vous allez être brassé »

Bérénice de toute façon, elle avait choisi avant de venir.

04/11/2012

Missive hivernale

Ma Chère Solange, ma toute bonne, ma chère soeur,

Je m'aperçois que je vous écris l'hiver lorsque les champs sont en jachère, quand les tâches quotidiennes se raréfient, et que le soleil se retire du monde comme pour faire écho à notre voeu. Nous avons reçu cette semaine cinq séminaristes. Je leur ai fait du coq au vin. Nous avons longuement disserté sur le rôle que Saint-Jean attribue à cet animal dans le Nouveau Testament, puis nous l'avons mangé et nous nous sommes régalés, les jeunes aussi. Ils sont pleins de fougue et ont le souci de leur voeu. J'ai vu à son regard que le Père supérieur ne restait pas insensible à leur piété.

Nous sommes coupés du monde, oh ma Solange et vous le savez mieux que moi, mais un autre petit évènement a eu lieu : un cinéaste, Xavier Beauvois est venu projeter dans la chapelle un long-métrage sur les moines de Tibérine, nous avons tous chanté durant les scènes de messe, les scènes de messe sont mes préférées. Le cinéaste pleurait et le Père supérieur ne restait pas insensible à son talent. Ma toute bonne, je continue à lutter contre mes mauvaises pensées. "C'est une bien étrange chose que de se retirer du monde pour adorer quelqu'un qui n'existe pas", m'a dit la boulangère. Combien de temps devront nous subir les réflexions des mécréants? Cependant ses miches sont délicieuses et elles nous ont permis de saucer le coq au vin. Nous nous résignons à ne pas tancer son opinion quand elle passe dans l'Abbaye avec sa fourgonnette, ou nous apporte ses baguettes en robe légère, se penche pour nous donner ses cagettes. La méditation m'aide.

Je préfère la voie escarpée que nous avons suivie. Nos plaisirs sont simples  : l'adoration du Seigneur, l'adoration du Seigneur et l'adoration du Seigneur. Et je serais de bien mauvaise foi ma Solange, si je vous soutenais que nous nous ennuyons.

Je vous remercie encore pour vos lettres et vous recommande à LUI.

                                                                        Votre dévoué Père François

 

17/10/2012

Cultissime

Victoria Lit Bordel made In China, et Stéphan Pardie sur Direct 8, pour les couche-tard.

Où l'auteur croit savoir pourquoi le Musée des Arts asiatiques est plein de nénettes


http://www.d8.tv/video/Q2t2aDNC/12-10-victoria-lit-bordel-made-in-china-part-10/

15/10/2012

Ma conception de la littérature?

 


 


"Pourquoi devrait-on se prendre le réel en pleine gueule? Vivre ça consiste quand même à essayer de le contourner. Parce que le réel c'est qu'on est un morceau de viande qui va mourir et pourrir. Donc vivre c'est quand même refuser une forme de réalité par la réflexion et l'imaginaire."


                                                              Édouard Baer dans "à nous Paris"




http://www.anous.fr/

27/08/2012

Je m'abandonne aux éclats brisés

Le journal offre une éternité à des incidents oubliés , à des bouleversements historiques, aux errements d'une âme. Et le papier leur donne une matérialité avant qu'ils ne se froissent, ne se consument ou ne servent à allumer une pipe d'opium. N'y voyez pas un éloge de la drogue, mais l'invitation au départ, car dites "opium"et vous êtes en Chine, étendu sur une paillasse, l'oeil perdu, sur une table de Majong. Entre deux robes de soie qui passent. 

Chaque mot est un éclat de verre qui découpe une parcelle d'intimité, un fragment  d'amour. Leur mosaïque délimite une silhouette, un être-soi. J'écris pour exercer une activité libre, comme courir, ou construire des Tour  Eiffel en allumettes. La précision du lexique permet de mettre la main sur l'objet qui nous échappe. Dites "écume" et vous la tiendrez dans vos mains. Ils me semble que plus on est pataud et plus l'écriture participe à ce processus de ressaisissement. Vous pouvez écrire "mortaise têtiaire" mais vous n'arriverez jamais à la poser sur une porte. Pourtant à force de l'écrire vous verrez la porte, l'ouvrirez et découvrirez des mondes insoupçonnés.

J'aurai mon mot si je n'ai ma main.
Car chaque mot est une porte ouverte, et vous descendez des escaliers, descendez des escaliers, des escaliers. Vos rêves ont des étages. 

Qui m'interdit de grimper sur le mot "étages", de marcher et d'agripper "je m'abandonne". À peine l'ai-je énoncé que me voilà basculant la tête en arrière.



08/08/2012

Un écrivain normal

Moi, Prix Goncourt, je n'écrirai pas des textes dépressifs. 

Moi, Prix Goncourt, je ne prendrai pas le Transsibérien avec un wagon d'écrivains pour écrire des conneries sur la steppe. 

Moi, Prix Goncourt, je n'en profiterai pas pour draguer Charlotte le Bon. 

Moi, Prix Goncourt, je ne jouerai pas à la pétanque avec Raël. 

Moi, Prix Goncourt, je ne choisirai pas des titres limpides comme Métaphysique des tubes, ou Les Particules élémentaires. 

Moi, Prix Goncourt, je serai moi tout simplement. 

Moi Prix Goncourt, je ne raconterai pas la vie quotidienne de mon mari en soins palliatifs. 

Moi Prix Goncourt, mes écureuils ne vivront pas à Central Park, mes hérissons s'habilleront comme des sacs et je n'aurai pas de ferme en Afrique aux pieds des collines du Ngong. 

Moi, Prix Goncourt, les blagues grasses de Sollers me feront bien rire, un peu comme Pascal Bruckner, mais je n'écrirai pas un ouvrage philosophique dessus. 

Moi, Prix Goncourt, je ne déclencherai pas de guerre, car moi Prix Goncourt, mes raisonnements sont souvent brouillons, voire un peu bancaux. 

Moi, Prix Goncourt, Paris Match ne me prendra pas en photo sur la plage. 

Moi, sur la plage, je n'en profiterai pas pour draguer Charlotte le Bon. 

Moi, Prix Goncourt, je ne m'habillerai pas comme si mon mari est mort. Avec du crêpe noir et un grand chapeau de magicien. 

Moi, Prix Goncourt, mon livre ne fera pas mal à la tête.