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27/10/2017

L'entretien électrique, Dimitri Bortnikov

Face au Styx, éditions Rivages.

 

Face au Styx, paru en janvier, le nouveau roman de Dimitri Bortnikov, charrie des torrents d'émotions et remise la rentrée littéraire dans des cartons à chapeaux; cascade de rire et de larmes. À quoi bon la rentrée quand on a Shakespeare, Tolstoi et Bortnikov?  qui se paie le luxe de rédiger son deuxième roman en Français, après trois en Russe. Dans une langue frigorifiante. Un peu comme si, non content d'écrire dans celle de Molière, il la balançait dans la Volga.

Un jeune homme déambule dans Paris, fait face au quotidien, d'aide-ménager à traducteur, multiplie les rencontres foldingues, convoque les vivants et les morts et nous entraîne dans un voyage mystique et grotesque. Au terme des 750 pages, le lecteur exsangue, n'a qu' une envie,  l'interviewer au Café Odessa. Dimitri l'attend un expresso à la main.

 

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                                                                  Crédit photo, Igor Kov

 

Je ne crois pas une minute à l’appellation « roman » de votre texte et j’aimerais que vous défendiez cette appellation. Pour moi, vous avez écrit une autobiographie tellement folle que vous avez sans doute eu peur que personne ne vous croit.

Je ne suis pas Dieu pour qu’on me croit ,moi ! ni un voleur, moi ! je pense qu’il faut jamais croire…c’est un roman, point barre. de toutes façons, si je dis que tout a été inventé ou que tout est vrai, ce sera faux ! je crois simplement, en toute dimitritude –d’ avoir écrit un livre…  un gros livre, ah ça – oui ! pour le donner au monde… pour que le monde le lise et que, si ça lui tombe des mains - ça lui fasse très mal aux pieds !

Au début, si vous souhaitez que l’on parle de ma façon d’écrire, elle est aussi incroyable que le résultat. pour chaque pain, il faut avoir un four ! pour chaque saucisse… parce que les écrivains français font souvent des saucisses -  ils utilisent des moules, et moi je ne fais pas de saucisses, moi ! je fais des gros taureaux et il a fallu 8 ans, mon dieu… c’est un taureau de 8 ans, bon dieu ! un taureau tout à fait combatif, lui ! un taureau de Phalaris, lui ! Il m’a fallu 8 ans pour faire au début 8000 pages manuscrites ! mais c’est à ébouriffer les chauves, ça ! imaginez ! et puis – il a fallu les réduire à 3000 pages dactylographiées ! et c’est pas tout !  je les ai envoyées à mon éditrice… comment ? eh bah en  trois boîtes à chaussures ! pleines de pages. du coup elle n’a pas pu essayer ses godasses parce c’était trop ! même pour un régiment de Goliath !

Elle a suggéré de réduire à une seule boîte ! puis il m’a fallu tout mettre en ordre parce que j’écris par bribes. et puis – le pire ! j’ai dû imprimer 3000 pages et voir l’ensemble, mais en piles, en rames, je ne vois rien.  du coup, j’ai dû les coller quelque part…  j’ai été contraint de louer une petite chapelle désaffectée. je les ai collées sur les murs, sur le plafond ! partout ! j’ai pris un matelas, je me suis allongé au milieu de la pièce… une longue vue à l’œil ! et alors comme ça je lisais avec une longue vue ce qui était collé aux murs. j’ai fait  des collages, des coupes sur ordinateur jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule page sur les murs ni au plafond… un travail gigantesque, quoi ! c’est plus facile pour un ours pouilleux de baptiser chaque pou que de refaire ce que j’ai fait… 

Est-ce que votre éditrice vous a sauté dans les bras quand elle a reçu le manuscrit ?

Non, non, non ! elle ne m’a pas sauté dans les bras parce qu’elle avait les bras occupés ! elle tournait les pages, elle !

Quand vous racontez ça, avec votre longue vue, vous faites passer Flaubert et son « gueuloir » pour un collégien !

Flaubert c’est un grand romancier, qui, dans certaines pages de Mme Bovary, devient un grand écrivain. certaines pages seulement, sinon c’est un grand romancier, lui.  grâce à Flaubert et Proust j’ai compris la différence entre un grand romancier et un grand écrivain. Proust est au-delà des ordres, il n’est pas un écrivain bourgeois, lui ! grand jamais !  tandis que Flaubert le reste.

Un écrivain  russe n’est jamais un écrivain bourgeois : prenez  Dostoievski, Tolstoï, Cholokov…parce qu’un écrivain russe cherche autre chose, il ne cherche pas à gagner sa vie avec sa plume…il cherche à la perdre, sa vie ! à  la perdre le mieux possible! parce que les écrivains russes sont souvent des mystiques. Parfois c’est ennuyeux, ça… franchement, les scribouillards russes sont sérieux, mais oui, pire que les perroquets sourds à un  mariage de rossignols !  mais… mais…comme disent les évangiles « celui qui garde son âme la perdra et celui qui perd son âme la gagnera ». une différence primordiale entre l’écriture à la Russe et l’écriture à la Française.

Du coup, c’est pour ça que vous ne lisez pas d’auteurs modernes. J’ai lu votre livre de manière politique, comme une sorte de refus de l’égoïsme, un livre généreux, un livre sur l’accompagnement, aux antipodes de la production moderne ?

Il y a un engagement politique.. mais dites moi : quelqu’un  qui est bloqué en haut de l’immeuble avec une Kalashnikov et que tout le monde attaque doit se défendre. donc le personnage de ce livre est en quelque sorte au milieu du désert avec une kalashnikov mais c’est une kalaschnikov à eau !

C’est un pistolet à eau qui arrose et les bons, et les méchants. comme une espèce de gargouille, qui pleure sur les bons et les méchants, sur la gauche et sur la droite ! à la Léon Bloy ! mais bien rasé ! parce qu’ici-bas n’est pas le royaume du bien, le bien et le mal sont mêlés, donc pour qu’on  voit les fruits des bons et des méchants - il faut les arroser tous ! mais tous ! comme ça, à la fin des fins -  on reconnaîtra les tomates et les courgettes !

Donc à part offrir ce livre aux lecteurs vous écrivez sans but ?

Je ne suis qu’un œil qui voit au-delà de la pointe de la flèche, parce que pour un tireur français, le but c’est la pointe de sa flèche, pour moi ce n’est ni la pointe, ni la cible, c’est au-delà.

En vous lisant j’ai songé à Rimbaud qui dit : «  Le poète est voleur de feu  chargé de l’humanité, des animaux même ; et qu’ il devra  sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe."

J’ai pensé à ce passage, en me disant que votre narrateur, et votre auteur sont chargés de l’humanité tout entière.

Humanité ? je ne sais pas… mais chargé de l’humain – ça – oui ! très oui ! archi-oui ! l’écrivain parfois fait vibrer quelque chose en nous, sinon la terre pour que les mots dans notre tête se décollent et que l’on puisse faire passer une feuille entre les mots et ce que les mots doivent dire… je parle parce que je ne peux pas faire autrement, mais lorsque vous regardez les yeux d’un muet qui soudain a envie de dire quelque chose, vous comprenez à quel point votre désir de parler est nul à côté de son désir de verbe ! tout est là !  seuls le désir, la soif du verbe comptent ! le reste – c’est de l’eau pour arroser les culs-de-jatte en attendant que leurs pieds repoussent !  regardez les drapeaux…quand il n’y a pas de vent, le drapeau n’est pas animé mais dès que le vent se met à souffler - vous voyez le drapeau bouger. or vous ne percevez le vent qu’à travers le drapeau. le langage est le drapeau. le verbe est le vent. un muet est verbe,  mais il ne peut faire bouger le drapeau du langage.  un vent sans  drapeau…  et moi, alors ? ho ! je suis à la fois le drapeau et le vent.

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Dans le livre le  narrateur rend  hommage  à ses personnages, fait revivre des figures, mais semble avoir trop d’humilité pour prendre la parole à leur place.

Ho-ho… et puis quoi encore ! mais bien sûr, si l’on prend la parole, cela devient tout de suite de la littérature ! c’est une malédiction pour un écrivain de faire de la littérature ! imaginez que, vous êtes dans une pièce et vous êtes une mouche, et je ne sais par quel miracle vous avez réussi à mettre en route l’aspirateur ! vous avez écrit quelque chose… d’accord, et puis vous êtes publié ! le premier roman sort ! vous êtes une mouche et si vous continuez, vous serez aspiré par l’aspirateur et fini les raspapouilles !  avec le Syndrome de Fritz, j’ai mis l’aspirateur de la littérature en rut, moi ! même pas en route, en rut ! la littérature est en rut, elle veut être baisée, et que l’on devienne la littérature. moi je m’y refuse ! donc il faut battre de toutes ses ailes devant la bouche de l’aspirateur, pour ne pas être aspiré. pour rendre visible la différence entre la vision et la littérature.

J’ai vu que vous aviez écrit quatre autres romans, un en Français, trois en Russe, j’ai l’impression que le thème du précédent est très proche de celui-ci est-ce le cas des romans  russes ?

Oui, j’ai toujours voulu rendre visible l’invisible. j’aurai aimé être soit prêtre, soit médecin, soit peintre. peintre, je ne peux pas, médecin c’est raté, et prêtre…je suis mi-prêtre, mi-sage femme, moi. les prêtres vivent des morts, des baptêmes, mais il n’y en a plus des masses... moi je suis une sage-femme qui vit des morts, j’accouche les âmes.

J’ai été étonné d’une description d’accouchement, pas une description mais une référence à un accouchement, écrite comme si vous en aviez vécu plusieurs.

Mais oui, ma mère était comme la mère de Socrate, sage-femme, et je faisais des études de médecine pour devenir gynécologue ou obstétricien ! j’en ai vu plusieurs, j’ai vu l’accouchement de la foule des corps et des âmes, des morts-nés… des fausses-couches. des césariennes.

La mort est omniprésente dans le récit, est-ce que vous pouvez nous parler un peu d’elle ? Comment le narrateur fait-il pour résister à cette litanie du malheur qui parcourt le livre ?

Pour moi, c’était la question de pousser le langage jusqu’à l’indicible. la seule chose vraiment indicible - c’est assister à l’agonie d’un être vivant, moi-même, vous, les chiens chats, bêtes sauvages, domestiquées. au bout d’un moment j’ai voulu que le langage entre en agonie, et c’est au moment de l’imminence de la mort, que nous voyons le langage comme un dauphin sortir de l’eau et plonger pour de bon. le langage humain c’est le dauphin… un poisson qu’on ne voit jamais, nous savons qu’il est là mais on ne peut le découvrir que quand il disparaît, il disparaît au moment de la mort.

Le langage trouve-t-il au moment de la mort de quoi se ressourcer ?

Bien sûr, parce que vous sentez une présence surhumaine, autre chose que vous, plus grande, immense et à ce moment-là vous vivez véritablement.  et c’est pour moi le plus important en étant mystique du bout de mes pieds jusqu’à la pointe de mes cheveux ! je suis en chasse de cet état de grâce qui fait que l’on renaît avant de mourir… cette renaissance, la plus grande grâce qu’un être vivant peut éprouver. certains recherchent cette grâce dans l’amour, d’autres dans la drogue, l’écriture, mais pour moi si l’on peut ramasser toute l’activité humaine, c’est avant de mourir, avant de passer du mauvais côté de l’herbe, des pissenlits.

Quelle place vous donnez à l’humour dans cette façon d’accompagner la mort en permanence ?

Ce n’est pas l’humour : l’humour, c’est la joie versée dans un verre. la joie, elle est partout, elle ! mais si vous voulez boire la joie, vous êtes obligé de vous servir dans un réceptacle. ce réceptacle est l’humour ; on a envie de boire un verre de la joie -  on nous la sert dans un verre l’humour, mais si nous pouvions boire à la source ce serait la joie. parfois certain humour est plutôt le post-coïte de la joie.

J’ai lu un peu Gogol après nos discussions je trouve que c’est le roi du grotesque, de l’étrange, de la drôlerie. Vous aussi, mais vous, on a l’impression que c’est la condition humaine qui est drôle plus que le texte.

Oui, elle est hyper drôle, regardez les gens qui marche dans la rue, chacun dans son monde.

Des « Nez qui marchent » ?

C’est l’indifférence qui marche, tout le monde se fout de tout le monde, les gens marchent mais ce qui m’intéresse véritablement c’est la magie qui en découle. Tout le monde fait semblant de se foutre des autres… il suffit d’observer ce qu’il se passe ! ah je suis vicieux… le monde c’est une ruche gorgée du miel… mais moi – je suis un ours allergique à son miel !  faut voir le monde ! un moment donné il y a une telle harmonie de l’indifférence que vous voyez que toutes les voitures défilent à la même vitesse. les gens marchent ensemble à la même vitesse ; leur pas, leur visage, leur façon de parler au téléphone, leur façon de fumer est exactement la même et pourtant ils prétendent tous à être différents ! à être meilleurs ! à mériter quelque chose de plus que l’autre ! mais il suffit que quelqu’un tombe dans la rue… il suffit que quelqu’un dans la foule des marcheurs se mette à courir ! c’est fini ! leur vie est bousillée ! et le monde veut alors éliminer celui qui trouble l’harmonie des égos, bien dans leurs babouches ! il y a une très grande harmonie de la guerre, constante dans le monde d’aujourd’hui.

J’ai l’impression que vous avez une peur panique, de ne pas courir dans la rue, de ne pas gueuler, de ne pas déranger cette harmonie. Le rôle de l’écrivain est-il de déranger cette harmonie ?

Déranger je ne sais pas, car déranger c’est s’engager. moi – pas ! moi – pas comprendre ! toute ma vie je voulais être comme tout le monde, moi ! je voulais être non-présent… je voulais être encore plus anonyme qu’un souriceau de Notre-Dame, moi ! je voulais que les gens ne me voient pas ! surtout pas !  mais je n’ai pas réussi parce que pour devenir invisible, véritablement, il faut arrêter toute votre activité de présence, car votre présence, c’est votre activité. il y a toujours quelqu’un qui vous regarde, qui s’en fout de vous, de lui-même, de tout, mais qui vous regarde... celui qui veut être invisible finit par déranger, parce qu’à force il donne l’impression qu’il a quelque chose à cacher ! qu’est-ce qu’il a de plus pour ne pas vouloir être avec nous ?! merde alors ! pourquoi, il ne veut pas participer !? archi-merde alors ! pourquoi est-il toujours en marge ? pourquoi n’a-t-il pas besoin de nous ? pourquoi a-t-il les poches cousues ? nous on découd nos poches, nous ! on montre le fond de la culotte de notre âme !  et lui ? il n’a rien, lui ! ne demande rien, a les poches cousues, bouche cousue, tout !

Lorsque votre narrateur est hébergé chez une vieille dame ukrainienne, il est dans la disparition de soi, vit dans le sous-sol, a cette forme de tranquillité de disparaître du monde.

Ça c’est mon rêve, ça. c’est pour ça que je suis fasciné par la mort, parce que t’es tranquille après, vraiment tranquille, mais par contre il y a un piège, si jamais il y a quelque chose après la mort, c’est dingue, vous sautez de la soupe qui est la vie dans le cassoulet brûlant qui est la mort, là c’est… c’est l’enfer !

Ce serait emmerdant ?

Oui pour moi ce serait une catastrophe, ça ! cette tranquillité est l’absence totale quand personne ne se rend compte de votre mort, parce que personne ne s’est rendu compte de votre vie ! c’est ça qui est bien, que les gens vous oublient, cet état de paix intérieure, que les moines cherchent ici, mais qu’on ne peut en aucun cas trouver ici.

Mais votre narrateur ne s’efface pas. Il est en permanence présent aux autres, à ceux qui vont mourir, jamais dans l’effacement cynique.

C’est impossible de s’effacer de façon cynique… c’est une connerie, ça.  le cynisme a un arrière-goût d’amertume, une sorte de jalousie de la vérité. quand la vérité n’est pas bien née, n’a pas eu la gestation véritable, quand la vérité est mort-née, elle devient cynique, et moi je ne peux pas être cynique car dans le cynisme, il y a un manque, des regrets, des remords mort-nés. ceux qui meurent, envoient l’appel qui donne envie d’écouter ce silence qui précède la paix éternelle. pour moi la paix n’est jamais emmerdante. Pascal disait que toutes nos emmerdes viennent du fait que nous ne pouvons pas rester tranquilles dans nos chambres ; il avait raison !

J’ai été étonné par une tribune que vous avez écrite dans Le Monde, dans laquelle vous vous énerviez contre les écrivains  qui refusaient l’homophobie en Russie. Je ne l’ai pas comprise immédiatement, puis j’ai réalisé que ce qui vous inquiétait, c’était  l’uniformisation des comportements.

Il faut que tout le monde soit comme les Français. il faut que tout le monde bouffe la baguette par le bon bout ! il faut que tout le monde casse l’œuf sur notre bosse du travail ! il faut qu’on s’engueule, râle comme les Français, c’est ça la mission des nains auprès des Goliath, et si vous voulez péter parmi les nains – vous savez très bien - il faut s’accroupir !

Du coup vous êtes bien content d’avoir un nouveau Tsar qui affirme sa différence envers les Français ?

Bien sûr, je suis content de mes jumelles qui me permettent de voir que Poutine n’est pas seulement un dictateur, c’est un tsar, je suis content de ma lucidité, c’est une petite joie, mais j’en suis content !

Parce que la Russie n’a jamais été démocratique, c’est la continuation des Tsars, c’est Vladimir le Premier, il y avait Pierre Le Grand, Yvan le Terrible, Catherine II, Elisabeth Première, Alexandre I, II, III, Staline, Joseph Ier et demi ! Brejnev, toute une bande de princes, il y a maintenant Vladimir le Ier, ça va c’est la logique ! pourquoi exiger que les Russes deviennent d’un coup les Français ?

Est-ce que les Gaulois ont fait d’un coup la Révolution française ? je suis grand lecteur de Joseph de Maistre,  et lui… il a ouvert le tombeau de la Révolution française – il l’a fait visiter… un génie, quoi. Il a pu entendre dans les matins de la Révolution – son glas.  c’est lui qui a influencé Baudelaire, Flaubert et tous les grands contre-révolutionnaires.

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                                                                                                  Moscou, dans un parc

Dans les personnages du livre, il y a un personnage bouleversant qui est le « petit bossu », que le narrateur connaît dans sa jeunesse qui est le point originel, pour comprendre le désir mystique du narrateur, pour comprendre cette idée de traversée du Styx, de passer de la vie à l’au-delà.

Le Petit Bossu, pour comprendre ce personnage il faut relire les Confessions de Saint-Augustin, car Saint Augustin avait un ami, un grand ami, il a voulu le sauver, il n’a pas réussi, moi j’ai voulu le sauver, mais j’étais petit, je n’ai pas réussi. saint Augustin avait Dieu comme infirmier, moi j’aurais aimé l’avoir à mes côtés, mais à ce moment-là, je ne l’ai pas eu, j’étais seul, et il était condamné par la vie. une âme perdue, pas viable, condamnée à mourir.

N’est-ce pas ça la vie ? Accepter que les gens partent, sans aller contre ce mouvement ? Lui aussi a vu son frère disparaître et ne pouvait rien faire.

Oui, il ne comprenait pas ce qu’il se passait, quand vous êtes enfant, quand vous ne comprenez pas c’est une chose, quand vous comprenez c’en est une autre. le personnage du Bossu est une manifestation de la bonté absolue qui ne sert qu’à refléter la méchanceté et le Mal de l’homme. vous ne pouvez pas accepter que cette lumière disparaisse, parce qu’elle ne doit pas disparaître. vous êtes obligé de vivre avec la mémoire de cette bonté absolue.

De la joie mystique ?

Une joie que vous avez vue. tout le monde peut nier mais vous, vous l’avez vue. la présence d’une seule personne, qui a vu, change le monde et rompt l’unanimité. j’ai horreur de l’unanimité, toutes les lapidations viennent de cela ! et celui qui a jeté la première pierre le sait.

Dans le livre, un autre personnage m’a beaucoup plu, celui de Samourai, pourquoi lui avoir donné un nom de garçon ?

Parce que la folie nous retire notre genre, nous sommes autre chose, lorsque la raison perd ses repères, dépasse les bornes, perd ses garde-fous, la folie vous inonde, et la folie est unisexe, moi ce qui me réconcilie avec la folie, c’est que nous pouvons vivre avec. celui qui a peur de la folie deviendra fou. celui qui l’accepte peut la dépasser. La folie humaine c’est une sorte de voleur qui devient tyrannique, parce que vous avez peur de lui. un jour, à force d’avoir peur, le tyran vous cambriole, la folie change les serrures, mais si votre raison ouvre la porte et lui dit « viens il n’y a rien ici, prends ce que tu veux »  la folie va partir les mains vides et vous laisser plus riche que vous ne l’étiez… Samourai guérit, par amour, parce qu’il s’occupe de ce garçon, Cow Boy, plus fou que lui. Samourai a vu sa propre folie, quand Samourai voit son propre père au Japon il voit sa propre folie, son père qu’il n’a jamais connu, cette folie qu’il jamais regardé.

Qu’est-ce qui pour vous est le plus important, aimer ou manger ?

Aimer évidemment, parce que la seule petite chose qu’un être humain peut accomplir pendant ses 60 ans, c’est aimer. s’il est capable d’aimer, sa mort sera douce et le temps, fils de l’éternité, se penchera sur lui pour lui fermer les yeux. celui qui n’a  jamais aimer restera mort les yeux ouverts en pensant qu’il est vivant. nombre de gens ne savent pas qu’ils sont morts.

Un grand mystique disait que  « Si tu veux être aimé, aime ! »

Vous êtes chrétien ?

Oui je suis chrétien orthodoxe.

Il y a dans le roman,  cette  image de la Volga dont les blocs de neige craquent, la Russie vous manque-t-elle ?

Ce qui me manque le plus, ce n’est pas la Russie c’est la neige, cet état de la neige qui tombe, la neige allongée, la neige tranquille, la neige du dimanche. cet état me manque. et la Russie...vous savez que la surface de la Russie est plus grande que celle de  Pluton, donc c’est une planète, la Russie !  ça ne peut pas manquer, parce qu’elle est là ! il y a toujours la Russie quelque part… à la radio, à la télé, c’est impossible de la manquer. elle est là.

Un personnage est prénommé Ourson dans le texte. N’est-ce pas trop pas trop dur pour lui d’avoir un papa qui écrit aussi bien ?  qui doit avoir des états de transe quand il écrit et cloue des textes sur les murs d’une chapelle ?

Il sait que je l’aime plus que moi-même, il le sait, il le voit, le reste - c’est la vie quotidienne. il est plutôt content d’avoir un père bizarre, qui vient de la Russie, d’une autre planète, père bizarre, mais père-légende. il a quelque chose que les autres n’ont pas, beaucoup de parents veulent cela, mais ils ne peuvent pas, parce qu’il faut gagner sa vie, partir en vacances, moi je ne peux pas ça pour lui, mais je peux lui donner tout mon amour.

Dans le roman, le narrateur qui est aussi fils de son propre père, dont il a assisté à l’agonie,  jure « plus jamais la violence ». mais il s’y abandonne, devant son fils avec un clochard, la mission échoue, la violence est très dure à éliminer. pour l’éliminer, il ne faut pas  en avoir peur, la regarder en face et surtout, très surtout - ne pas agir, mais la voir, car notre peur de la violence produit de la violence.

J’ai été impressionné de voir que vous avez été dans la Légion  étrangère et ça ne correspond pas du tout au stéréotype que l’on peut se faire du narrateur.

Mais pourquoi ?

Pour moi nous lisons dans le roman, le trajet d’un homme qui fait face à la violence du monde et lui résiste. Loin de l’image d’un légionnaire ?

Mais les soldats qui partent en mission en Afrique, ils partent  pour l’éliminer par les armes, nous voulons tuer la violence, nous frappons quelqu’un qui frappe.

Pas d’autre technique pour l’instant ?

Si, il y en a, mais si on a besoin de protection, je vous conseille un gorille et pas une colombe.

Dans votre roman, le narrateur agite un cadavre pour faire peur au camp adverse. Est-ce que vous avez fait la même chose ?

Oh j’ai fait bien pire, ça c’est rien, c’est juste un bout de doigt, c’est rien ! c’est un petit bout de tissu, un petit bout de chair à côté du corps, mais j’avais 18 ans avec tout ce qui va avec, le désir d’aventure…

Vous avez bien rigolé ?

Parfois oui, ou non , mais c’était  ma vie. Et puis, entre nous, - les émotions nous occupent !

Je me suis demandé comment votre éditrice pouvait recevoir un tel texte et justement rester dans  son rôle d’éditrice, garder une certaine distance par rapport à vous.

Si vous êtes un éditeur, mais quel réaction auriez-vous ?

Moi j’adorerais.

Mais adorer, ce n’est pas  un mot, juste un étendard, mais il y a toute une armée d’émotions derrière, ce n’est pas un vers, on peut adorer un vers, juste un vers, un petit bateau, ivre ou sombre… tandis que là c’est une armada, il faut se protéger contre l’armada.

Est-ce que ça n’a pas été trop dur pour elle ?

Tout le monde doit se protéger contre la vérité, pour survivre, moi je ne vais pas continuer à me protéger de la vérité, c’est fini ça, fini pour moi la protection… la vérité artistique, ça vous fascine, ça peut vous entraîner là où vous n’êtes jamais allé, d’où mes découvertes de Bach, de peintures, ça peut changer votre vie, un texte. ce qui est important c’est de changer ma vie, pas celle des autres,  je ne suis pas un délivreur de message, je ne fais pas la livraison de colis, je fais ce pourquoi je suis né, le reste c’est à chacun de voir, mais le colis est là, emballé… ce n’est pas un colis piégé, ça ! ni un colis serpent ! plutôt un colis colombe et mon éditrice se nomme Colombani.

Un livre d’un personnage qui vacille. Un ami m’a dit « n’oublie pas que ce n’est qu’un texte », que cela ne reste qu’un texte.

Une cuillère c’est une cuillère… un livre ça peut devenir une  cuillère, et armée comme ça vous pouvez manger votre vie. il y a des gens qui préfèrent manger avec les mains. il y a des gens qui ont des cuillères qui s’appellent Mme Bovary, moi je m’appelle Face au Styx, c’est tout. et puis il faut être prudent !  la prudence ! l’accouchement d’un cactus ! et puis la discrétion ! on en a jamais trop !

Vous avez un livre en préparation.

Je suis épuisé comme un raton laveur qui vient d’inventer un lave-linge ! mais je ramasse des choses, pour mon prochain voyage de huit ans, pour inventer un nouveau lave-linge.

En vous lisant, j’ai l’impression que votre langue, une langue française devenue frappadingue, est une sorte de langue à mi-chemin entre Russe et Français. Est-ce que vous êtes d’accord si je dis que la structure du langage semble affectée par la structure du Russe. Une économie de moyens, disparition d’articles, de déterminants,  que l’on n’a pas en Français.

Ce n’est pas une économie de moyens. d’abord Proust disait que les grands textes sont écrits en langue étrangère. parfois j’ai éliminé les articles là où je sentais qu’ils pouvaient gêner la vitesse de la vision, parce qu’avant que la vision ne s’habille en phrase, elle disparaît. vous ne voyez plus que le vêtement ! vous ne voyez que le drapeau agité par le vent. je veux que la vision soit nue…  parfois les articles me gênent, comme d’ailleurs les majuscules qui sont les hauts-de-formes de la phrase. ce chapeau est la première chose que vous voyez, son absence permet de se concentrer sur la phrase, d’entrer dans le texte. nous ne sommes plus au XIXème siècle, la langue ne nécessite plus que l’on mette de couvre-chef ! et mes points d’exclamations sont des hauts-de-formes jetés par terre ! enlevés par le vent de l’émotion. la langue ne se déshabille pas toute seule… faut l’aider. gentiment.

Est-ce que cela correspond à la volonté que le texte soit un flux de conscience ininterrompu, et dans lequel apparaissent et disparaissent des personnages dans la conscience même.

Je ne dirais pas que c’est Joyce, Joyce, c’est hyper rationnel, tellement que ça devient presque mystique. pour moi c’est le contraire, il fallait s’arrêter chaque fois que la vision avait ses boutons de chemise ! quand vous nagez dans la Volga, vous faites corps avec elle et au bout d’un moment vous devenez la Volga. le poisson n’est-il pas l’eau vivante dans laquelle il vit !? parfois il saute hors de l’eau, mais l’eau sans poisson, c’est une mer morte… mer sans âme. Mon texte – c’est celui qui nage et l’eau. deux à la fois.

 

 

 

 

 

 

 

 

26/10/2017

Arrivée en fanfare de l'interview de Dimitri Bortnikov, pour Face au Styx

... Toute la Russie de Poutine en un clip, âmes sensibles et enfants s'abstenir.


05/07/2017

On the Milky Road, l'amour au lance-flammes (Sortie le 12 juillet)


 

Notre première impression est déceptive. Le scénario un peu trop succinct, conduit à des longueurs. Mais au réveil chaque scène onirique ou cauchemardesque nous poursuit, dans un étourdissement presque enfantin . Les animaux n'ont jamais été filmés comme cela. Personnages à part entière comme dans les fabliaux du Moyen âge. Emir raconte toujours la même histoire celle de l'amour confronté à la guerre, or cette guerre n'est plus stylisée mais conduit à des éclats de violence sèche presque traumatique. La drôlerie, la beauté, la vie, les paysages, la mort tourbillonnent, nous laissant des questions d'enfant au bord des lèvres : mais comment peut-on tourner un film aussi fou? Est-ce que les moutons explosent vraiment ? Quelle mariée est la plus belle ?

23/01/2017

Radio Pardie - Mario Bros et l'homme providentiel

 

 

10:32 Publié dans Radio Pardie | Commentaires (0) | | Digg! Digg |  Facebook |

31/12/2016

Voeux pieux

Arsinoé est éprise du Prosecco, de ses bulles, des volutes et des ogives de Sienne qui volètent dans sa coupe, elle rêve d'une année italienne, de footings au coucher de soleil, de blagues d'enfants, "T'as les fesses carrées, on se croirait dans Minecraft" du rouge, que la vie serait belle si elle n'était qu'un unique crépuscule, nous sommes enfermés dans la caverne, elle songe à des femmes conscientes du monde et à des hommes conscients des autres, le Soleil se couche sur Saint-Pierre, que de gens souffrirent pour ériger des rêves de pierre, érigeons des rêves de chair et d'os, les bulles pétillent au milieu des cris d'agonisants, je sortirai de ma torpeur et ne me laisserai pas aller au découragement du monde. Je promènerai mon bonnet pointu à Hyde Park ou au Yémen, je garderai des yeux enfantins et la curiosité des premiers jours, je me révolterai, je conserverai intacte ma capacité d'indignation et dans quelques minutes je mettrai du rouge pour te faire la bise et te souhaiter une belle année 2017.

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23/09/2016

Radio Pardie - L'autobiographie ta mère !


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29/07/2016

Radio Pardie - Le Journal


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07/07/2016

Les Fils de Crazy Horse

 

L'Amérique de Reagan à Trump aime les cowboys, qui trempent leur santiags dans des puits de pétrole, qu'exploiteront leurs petits-fils. L'Amérique du storytelling, la naissance d'une nation qui s'est écrite sur les cendres de Wounded Knee. "Nous devons agir contre les Sioux avec un zèle vengeur et au besoin aller jusqu’à leur complète extermination" s'écrie le Général Shéridan. Nous n'avons jamais fait la guerre aux amérindiens, nous nous sommes contentés d'exiger des droits de passage dans les réserves. Tel est le discours officiel. Jamais de guerre. " Quand plane le curare, et crache le FM, quand passe les barbares sur les corps des indiennes, tu sais l'odeur du sang et de l'or est la même!"

Hécatombe

Je veille les plaines la nuit, pour lire le reflet des constellations dans l'herbe fraîche du Wyoming. Un peu d'arithmétique, de 11,5 millions à la fin du XVème siècle la population indienne n'émarge plus qu'à 250 000 en 1890, est-ce vraiment la faute de Gary Cooper ? Un brin, indirectement, les épidémies dues au virus importés par Gary et autres colons européens, les famines dues à leurs intrusions de sales trappeurs du dimanche, la chasse effrénée aux bisons, que Kevin Kostner ne peut empêcher avec sa Winchester - à vendre dans son jus sur Badoo- tout concourt à faire mourir de faim les Mohicans, les Apaches et autres Dakotas. Oh! Je n'ai plus un Siou pour faire la cuisine. La recherche tatonne. Et si le choc bactériologique, les déprédations, l'absence réfléchie de mesures sanitaires, sont certains, le terme "Génocide" , utilisé par leurs descendants face aux touristes qui viennent acheter 4 dollars le paquet de cigarettes dans les réserves, demeure impropre à désigner cette hécatombe.

All apologies

En 2009, Barack Obama, se garde bien de l'utiliser lorsqu'il signe les excuses de la Nation américaine. Cependant, ses excuses demeurent une reconnaissance implicite des déplacements forcés et de massacres commis par les militaires. La conquête de l'Ouest ne s'est pas faite avec des couteaux en plastique. Les pionniers, fermiers se font souvent forts de massacrer les indiens, et de chasser les populations autochtones. Les meurtres racistes demeurent peu condamnés par l'Etat fédéral, qui laisse trop de liberté à ses chercheurs d'or.Les massacres culminent avec celui des indiens de Californie.
"Une guerre d'extermination continuera à faire rage entre les deux races, jusqu'à ce que la race indienne soit éteinte"
Peter H. Burnett, Gouverneur de Californie, Janvier 1851.
Les Etats-Unis heureux n'ont pas d'histoire, et que vienne le temps d'une historiographie sérieuse qui ne prenne pas comme référence Will Smith dans Wild Wild West, alors seulement saurons-nous les raisons intégrales de ce cataclysme démographique qui combine plusieurs facteurs et est jalonné d'incessantes guerres de territoire.

Les "Native americans" aujourd'hui.

Tout le monde s'en fout. 2,1 millions d'Indiens d'Amérique vivent sous le seuil de pauvreté. Mais de quoi se plaignent-ils ? Depuis la lutte pour les droits civils en 1969 ils peuvent faire appel à un avocat en cas d'arrestation, et ne purgent plus un an d'emprisonnement quel que soit le délit commis. Tu devrais méditer ça, toi qui voles des poires à ta grand-mère. Et en 2007, suite à un froid polaire, le Gouverneur du Dakota du Sud déclare l'Etat d'Urgence, sauf...dans les réserves indiennes. Si on pouvait les congeler et les ressortir à Disneyland... Aucun "Américain natif" ne jouit de la plénitude des droits des autres citoyens.

Balayer devant son tipi

Qui se souvient que les Français ont forcé les Indiens Choctaws à décimer les Indiens Chickasaws, en échange d'un protectorat?

Little Big Horn

Le 25 juin 1876...peu avant la Fête de la musique....

Petite grosse claque.

Émoustillé par la présence d'un gisement aurifère, le 7ème régiment de cavalerie, fort de 650 hommes, sous l'égide du Lieutenant Colonel Custer, se lance à l'assaut. Il compte venir à bout d'une coalition de Sioux et de Cheyennes de 6 à 7000 âmes, conseillée par le chef Sitting Bull, excusez du peu. À proximité de la rivière "Petit mouflon" dans le Montana, la cavalerie se lance dans un encerclement mal préparé du camp. Connaissant mieux les lieux Sitting Bull et le sexy Crazy horse, nourrissent le feu, serpentent, incendient les buissons, coupent la retraite des bataillons de Custer. Le combat dure 5 heures. 263 hommes du 7 ème de cavalerie trouvent la mort. Pour Custer les Black Hills deviennent une morne plaine, où sa dépouille  fait le bonheur des corbeaux. L'histoire sourit aux perdants.

 

 

 

 

30/06/2016

Radio Pardie- "Jorg, je crois que j'ai entendu des pas."


29/06/2016

Paris au crépuscule

À Arthur Schnitzler

 

Il descendit de voiture. Il fit les cent pas. La lumière des éclairages publics vacillait dans la petite rue et éclairait à peine La Fontaine Molière, qui s'écoulait dans un mouvement continu. La chaussée n'avait pas encore séché de la pluie de la veille. "C'est curieux pensa Éric, on est à cent pas du palais Royal et nous pourrions nous croire dans quelque ville de province. Nous pourrions jeter des pièces dans la fontaine.Quoi qu'il en soit nous serons à l'abri des curieux et nous ne rencontrerons aucune de ses connaissances."

Il songea à cela en regardant distraitement la devanture de bijoux en argent vendus au poids. Il consulta sa montre : 21 heures. Il faisait nuit noire. L'automne s'épanouissait et puis cette sacrée tempête qui avait fait tomber les tuiles des toits...mais le temps était clément comme s'il était averti de leur rendez-vous.

"Encore une demi-heure", pensa-t-il, près de la fontaine au carrefour. Il observa distinctement les quatre rues par lesquelles elle pouvait venir. Il remonta le col de son trench. " Elle viendra aujourd'hui. Vendredi, réunion du conseil d'administration, elle osera sûrement sortir et pourra même rentrer plus tard que d'habitude"; la sonnerie du bus tinta. Quelques clients du restaurant italien sortaient, il distinguait un piano à l'intérieur. La rue se peupla de touristes élégants prêts à s'étourdir dans les établissements du Premier arrondissement. Mais ils n'entamèrent pas sa tranquillité.

Personne ne fit attention à lui. Soudain, il aperçut une silhouette qui lui parut familière. Il alla vivement à la rencontre de la jeune femme sans voiture. C'était elle. En l'apercevant, elle hâta le pas.
- Tu arrives à pieds?
- J'ai renvoyé la voiture Place Colette. Je crois que le taxi m'a déjà conduite une fois.

Un homme passa et les fixa. Éric le toisa, l'oeil sévère,

- Je suis sûr que tu ne le connais pas. Mon taxi nous attendait, dit-il, suis-moi.
- C'est ton taxi ?
- Oui, si luxueux?
- Nos rendez-vous sont courts, autant que le taxi soit agréable.

Ils rejoignirent la voiture mais le taximan s'était absenté.
- Où donc est-il?
Éric inspecta les environs.
- Seigneur, murmura-t-elle.
- Attends une minute Sweetheart! Il doit être par là.
Il tourna la tête et vit la terrasse du café où le chauffeur était tranquillement attablé.
- Je suis à vous dans une minute. Quelle direction?
- Place de l'Odéon, s'il-vous-plaît.

La jeune femme se blottit dans les bras d'Eric et releva sa capuche.
- Tu ne veux pas me dire "Bonjour"?
- Laisse-moi une minute, je t'en supplie, le temps de reprendre haleine.
La voiture avait atteint la Place de la Concorde et s'engagea sur Le Pont-Neuf. Emma enlaça son amant, ils s'embrassèrent dans le rétroviseur du taxi., les langues faisaient des lacets.
- Et sais-tu depuis quand nous ne nous sommes pas vus?
- Dimanche? Oui, seulement de loin.
- Comment cela? Tu es venue chez nous?
- Oui, chez vous, vraiment, cela ne peut continuer, je ne reviendrai jamais chez vous. Une voiture nous dépasse.
- Du calme, avec la pluie, on ne peut pas nous reconnaître.
- Si, si je les connais. Allons ailleurs je t'en supplie !
- Taxi, nous allons rebrousser chemin, conduisez-nous Place des Vosges, s'il-vous-plaît !

Emma s'accrochait aux poignées...
- Allez moins vite, merci.
- Pas à cette allure, vous avez perdu la raison!
- Excusez-moi, je m'emballe.
- Pourquoi tu n'es pas venue hier? Chez ma sœur? Je croyais tu étais invitée toi-aussi.
-Je ne supporte plus de te voir au milieu de gens. Je veux te voir seule sur un lit...
Elle étendit ses jambes, dont on distinguait à peine les bas de soie blancs.

Le taxi eut l'air de glisser, heurta un trottoir, et zigzagua...
- Ralentissez et reprenez vos esprits, vous êtes épuisé, nous descendons, attendez-nous.

Près du Pavillon de l'Arsenal, les lumières rouges se reflétaient dans l'eau et vacillaient. Les phares des voitures balayaient les quais de Seine.

- Suivez-nous, dit-il au Taxi.
Ils marchaient sur le trottoir.
- Nous devrions partir, partir tout à fait...
- C'est impossible.
- Nous sommes lâches, Emma, voilà pourquoi c'est impossible.
- Et mon fils?
- Il te le laisserait, j'en suis certain.
- Et comment?
- En taxi, immédiatement, viens !
- Non.
- Donc, c'est la dernière fois!
- Quoi donc?
- Que nous nous voyons, reste auprès de lui.
- Parles-tu sérieusement?
- Oui.
-Tu vois, c'est toujours toi qui gâches nos rendez-vous. Et nous irions où si nous partions?
-À Calais, à Douvres, je ne sais pas, en Angleterre.
Ils regardèrent le Taximan.
- à Calais, s'il vous plaît, s'exclama Éric.

Ils s'engouffrèrent dans la voiture et s'embrassèrent. la voiture démarra à pleine vitesse, elle accéléra sur la route détrempée et heurta un panneau signalétique. À cet instant il sembla à Emma que la voiture s'élevait dans l'espace, elle se sentit projetée dans l'air, son corps décrivant une rotation vertigineuse. Elle se retrouva étendue sur le sol. Elle ne voyait rien, sa peur ne fit que croître, car elle ne percevait pas le son de sa voix. Elle comprit tout à coup très distinctement les événements. La voiture avait buté sur quelque chose, une borne sans doute s'était renversée et ils avaient été projetés. "Où est-il lui ? Pensa-t-elle. " Elle ne perçut aucune réponse. Elle essaya de se mettre debout et ne parvint qu'à s'asseoir, ses mains exploraient le sol, à tâtons, et rencontrèrent une masse. Éric était étendu à côté d'elle. Elle allongea le bras, toucha son visage. Quelque chose de chaud et humide coula entre ses doigts. Éric était blême, et le Taximan? pas de réponse.
- Je n'ai aucun mal, pensa-t-elle.

Le chauffeur de Taxi se pencha en titubant et s'agenouilla. Emma était à ses côtés. Il regardait fixement le visage livide. Les paupières ne laissèrent paraître que le blanc des yeux. Un filet de sang ruisselait lentement de la tempe droite. Aucune place pour le doute. Il saisit la tête entre ses deux mains et la souleva.

- Que faites-vous ! s'écria Emma, d'une voix étranglée.

-Mademoiselle, je crois qu'il est arrivé un grand malheur.

Elle prit le chauffeur par le col de de sa chemise.

-Ce n'est pas possible, tu n'es pas blessé ! Ni toi ! Ni moi !...

La tête inerte retomba sur les genoux du taximan. Elle fondit en larmes. Il regarda l'avant de la voiture broyé par le choc.

-Courez, allez, cherchez quelqu'un ! Appelez un véhicule d'urgence !
-Nous ferions mieux d'arrêter une bagnole!
- Non, ce sera peut-être trop tard, oui, trop tard, il nous faut un médecin.
- L'ambulance, le docteur, vous savez, ça ne servira plus !
- Mais dépêchez-vous, bon dieu !
-J'y vais, courage, toute seule.

Emma conserva le visage sur ses genoux, contre un mur, dans l'obscurité.

"Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible,non, ce n'est pas possible se répétait-elle, sans cesse." Un frisson la parcourut, "Quelle idiote, c'est un mort, je suis seule avec un mort, elle prit conscience de l'abandon total dans lequel se trouvait le visage. Elle se raccrocha à la lumière d'un lampadaire, qui n'était qu'un piètre réconfort mais qui avait le mérite d'être là. Ses yeux se brouillèrent, elle les ferma. Puis se redressa comme en sursaut.

Elle imagina le retour du taxi.

- On ne peut pas me trouver là, c'est impossible!

Elle posa la tête délicatement sur le sol. Des voix se firent entendre. Elle écouta tétanisée. Les voix venaient d'une ruelle à droite. Ce sont deux femmes, trois peut-être qui ont aperçu la voiture. Les yeux du mort s'agrandissent, il veut la garder en son pouvoir...la voilà partie, elle marche puis court sur la route, en retenant sa robe pour ne pas tomber, détale, fuit. Elle voit passer une ambulance de premier secours, elle sait bien où ils vont, elle les suit des yeux, se retourne, et continue à courir, elle a un mari, un fils, non on ne peut pas la trouver là. L'accident, c'est la fin de l'anneau de Gyges. Elle hèle un taxi, elle n'aspire qu'à rentrer chez elle. Le retour est interminable. Paris défile, puis elle passe le boulevard des maréchaux et croise des prostituées, la voilà loin, hors de Paris. La sonnette retentit, elle entend la femme de chambre qui ouvre la porte, elle entend la voix de son mari, incline sa tête, sa robe est maculée de sang. Elle sent que le moment est venue d'être forte, elle se dirige vers la salle à manger et y entre au même instant que son époux. Dans la lumière tamisée.

-Ah, tu es déjà rentrée !
-Mais oui, depuis longtemps.
-Apparemment, on ne t'a pas vu arriver, le petit boude dans sa chambre. Elle sourit d'un air très naturel, mais se sent épuisée. Elle n'entend plus rien. Et voit ....qui ouvre les yeux avec l'aide des secours. "S'il vit, s'il a repris connaissance ?"

-Qu'as tu ? Son mari se lève, l'air grave.
-Quoi, comment?
-Mais enfin qu'est-ce que tu as? Tu allais t'endormir et tu as poussé un cri.

Elle considère son propre visage déformé dans la glace. Deux mains se posent sur ses épaules.

" Il ne se vengera pas, il est mort, et les morts se taisent."

-Pourquoi dis-tu cela? Elle regarde son mari épouvantée. Il lui semble qu'elle vient de tout raconter à haute voix.

-Qu'ai-je dit alors?

Son mari articule lentement "Les morts se taisent".

-Oui, dit-elle, oui.

C'est sa dernière épreuve. Elle sait qu'elle a perdu. Dans ses yeux, elle lit qu'elle n'a plus rien à lui cacher.

-Va coucher le petit, et tu as quelque chose à me dire.

Elle sait que dans l'instant qui va suivre , elle dira toute la vérité à un homme qu'elle a trompé depuis de longues années. Et un calme immense l'envahit. Elle sourit à son fils.

 

 

 

 

 

23/06/2016

Quizz estival. Êtes-vous une bombe sexuelle?

 

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Vous croisez trois marins :

# vous les invitez à danser.

@ ils vous racontent leur vie en vous bouffant du regard.

& vous les guidez.

€ ils vous invitent à danser.

 

Vous êtes invitée chez des garçons inconnus, vous jouez :

# à action vérité

@ avec la mousse à raser 

& à la fille timide

€ à l'auto-stoppeuse reconnaissante

 

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Votre sport préféré :

# la pole dance

@ le surf

& la course à pied

€ la zumba

 

Votre film préféré :

# Neuf semaines et demie

@ Witness

& Femme fatale

€ Springbreakers

 

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Un beau brun vous emmène au Galeries Lafayette :

# Il n'arrive jamais à destination.

@ Il se fait expulser par la sécurité.

& Il se bourre de macarons avec vous.

€ Il vous fait le coup de la panne.

 

 

Vous rêvez d'une fellation :

# au Jardin des Tuileries

@ dans une montée d'escalier Hausmannienne

& dans un water bed

€ sur une banquette de Wagon-lit

 

Vous rêvez de faire l'amour :

# au BHV

@ au Musée d'Orsay

& dans un champ de blé

€ dans un confessionnal

 

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11/05/2016

Lucide

« Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes.
Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer.
Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes.
Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants.
En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux.
Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages.
Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants.
Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture.
Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays.
En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».

Discours de Robert Kennedy

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24/10/2015

Mission Démission. Le Démissionneur à gages, Antoine Lefranc

Inaugurer une collection est toujours un petit défi et c'est à Antoine Lefranc que les éditions Lilo se sont adressées, pour ouvrir leur catalogue de nouvelles, uniques et grand format intitulées "Momentanés". 

Une seule nouvelle, 70 pages et un format d'habitude davantage réservé aux revues de sciences humaines qu'à Pouchkine, Ludmila Oulitchkaia, Mérimée ou Laurent Nicolas. 

Antoine s'en acquitte avec talent, dans ce récit court, qui se déroule dans le monde impitoyable de l'entreprise. Le héros, si je puis dire, s'acquitte avec virtuosité de ses missions spéciales, dont nous ne dévoilerons pas l'objet, jusqu'au jour où la promesse d'un visage remet en cause sa vocation. Son histoire piquante fait parfois songer à l'acidité d'Amélie Nothomb dans Stupeur et Tremblements.Son écriture simple et blanche va droit au but et la qualité majeure du texte d'Antoine réside dans la limpidité de sa progression narrative. 

Son originalité donne envie d'une adaptation cinématographique. Alors avis aux amateurs !

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21/10/2015

Come to me

Il est appuyé contre le lampadaire, elle traverse la route, il se raccroche au lampadaire, elle est là, elle est dans sa bouche, il est entre ses lèvres, il fait nuit, contre le mur, contre elle, au creux de son souffle, dans l'air qu'elle inspire, au fond de sa gorge, au fond de ses yeux, au creux de sa nuque, sa chevelure contre ses joues, ses tempes où bat son coeur, entre ses dents, prête à mordre, prêt à la dévorer.

 

Je suis un filet de salive sur le I du verbe aimer. Fragile.

 

Tu réclames des baisers à perte de vue. Je t'embrasserai à perdre haleine. Je veux fondre et danser dans tes pupilles. Nos lèvres chaudes contre les parois du magasin. À l'aube de notre baiser. Ta langue est une prairie, mon souffle est un abîme. Songe à l'infini du ciel bleu. Je me dissiperai comme un parfum au creux de ta commissure. Perds-toi en toi mon âme. Nos lèvres ne font qu'une. Je veux t'embrasser contre une grille, que tes sandales glissent dans la bouche.Je pleure tes froissements de cils contre ma tempe. Baise-moi encore, enfonce ta langue dans ma bouche mon amour. 

 

Je veux entendre ton coeur papillonner sur ma langue. Tu veux éprouver  mon désir qui frétille sur tes lèvres. Nous sommes  l'origine du monde et sa fin. Regardons le soleil se coucher sur tes papilles. Les lèvres, je les aime dessinées, ourlées.  Tu les aimes fiévreuses, dépassées. Qu'elles rougissent à vue d'oeil, et n'aient plus honte de rien. Qu'elles ne cessent jamais, tu l'entends,  de me parler d'amour. Embrasse-moi encore, et que je ne perde pas une goutte de notre rêve. 

 

Le sucre dégouline sur nos lèvres. À l'aube de notre baiser. Le sel perle sur tes paupières. Ne me retire pas ta bouche.

 

 

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25/09/2015

Radio Pardie- Les Éditeurs


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19/07/2015

Action Vérité

 

Amandine n'avait pu réprimer une grimace de dégoût. Elliot avait un bec de lièvre qui entravait son élocution. Une partie de son visage était tâché comme s'il avait été brûlé vif. Cette rencontre l'avait d'autant plus surprise que sa silhouette bondissante ne laissait pas présager une telle monstruosité. Au fil des jours elle avait appris à l'aimer, sa drôlerie, sa façon de danser époustouflante. Ses cheveux longs cachaient des yeux gris. Elle les avait oubliés et ce fut après la disparition qu'elle s'en rappela. Elliot se volatilisa comme une ombre quand le soleil apparaît. Elle ne lui avait auparavant jamais posé de questions. Elle  préférait lui tenir la main. Il disparut un jour de neige, sans emporter de bagage. Au beau milieu des sapins et des guirlandes en aluminium.

Chaque matin, au réveil, elle imaginait son retour. C'était devenu un rituel matinal au même titre que le café ou l'eau froide sur le visage. Elle se le représentait avec une barbe de plusieurs jours, il la prenait dans ses bras, ne lui donnait aucune explication et finissait sa vie avec elle, sur un tapis en duvet, au pied d'une cheminée, avec des enfants qui courent derrière les canapés. Mais chaque jour la maison était vide, la journée s'écoulait sans lui. Il avait bel et bien disparu, sans l'embrasser. La gendarmerie n'attacha aucune importance à ce qui ressemblait à une fugue ou à un départ volontaire.


Aucune dispute n'avait précédé son départ.
Aucune mésentente.
Aucun conflit.

Amandine était certaine que l'affection d'Elliot  le dévorerait  comme au premier jour et qu'il n'oublierait jamais les yeux ronds, les boucles, le visage d'angelot de sa compagne et le poids des ans sur leur amour.

Trois mois s'écoulèrent. La pelouse verdissait.

Il revint et lui offrit une marguerite. Elle le reçut comme dans ses songeries matinales sans lui poser de questions. Il ne lui donna aucune explication, jusqu'au jour où, un croissant à la main, il lui raconta tout. Elle avait toujours cru qu'il était fils unique. Or son frère vivait en Suisse, dans un chalet, atteint également d'une malformation génétique et avait décidé de passer sa vie à l'abri des regards. Il l'avait découvert blême, allongé sur son lit, sans médicament. En le voyant, Elliot s’était lancé : "J'ai voyagé pour te dire que l'amour existe, que je l'ai rencontré, il y a dix ans, et que tu peux sortir de ta cachette." Son frère était blanc comme un linge, mais Elliot sentit qu'à ces mots ses yeux pétillaient.

Amandine vola dans les bras d'Elliot et la tasse de café se renversa sur les cuisses du malheureux.