13.05.2012
Contre les oiseaux
A-t-on déjà vu créature plus inutile ? Le cri des mouettes, les gazouillements du moineau, le chant du rossignol, les jacasseries du perroquet, le pépiement des oiselets. Le sifflement de la buse, le hululement de la chouette, le cri du cormoran, les froissements d’ailes des turquoisines…
Bon sang !arrêtez de passer votre journée à chanter ! Ramenez du travail. Tourterelle, Tourterelle, tu t’envoles à travers ciel. Les battements d’aile d’une hirondelle blessée. Les oiseaux de Braque et les amputations. Quittez. Il n’y a plus de place pour vous dans la grand-ville. Ce ne sont pas des perchoirs. Regardez : des caméras de surveillance. Quel manque de clairvoyance, Madame la Mésange !
Même les Albatros se son envolés. Alors jolie mouette, alors pigeon voltigeur, alors faucons, restez à Malte, là ou il y a encore quelques rocs non mazoutés pour vous poser.
Il n’y a plus de péninsules. Elles sont démarrées. Plus d’île de Pâques. On ne fête plus que Noël. Et vos défenseurs sont des hurluberlus qui prônent le droit des animaux avec des mitraillettes. Dégagez.
Alice connaît un pays où vous pourrez vous poser.
Jim Mimipinson (prononcez à l’anglaise)
22:40 Publié dans Lettres | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lettre, oiseau, rimbaud, ile de pâques |
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10.05.2012
Monumenta, le Bain révélateur
La visite procure l'impression de se promener sur les parois arrondies d'un téléobjectif ou sur la première palette primitive,celle de vos cinq ans quand vous gribouilliez sur la table. Les pieds se retrouvent pris dans les bleus. On redécouvre ses chaussures. Les yeux levés s'épuisent dans les diffractions.
La nef change triplement de couleur : selon l'heure de la journée, le lieu où l'on regarde et la lentille que l'on choisit.
VERTE.
ORANGE.
BLEU. JAUNE.
Le créateur bannit le rouge mais garde le cercle. Le nerf optique s'épuise dans les arcs et parfois les gens déambulent au plafond. Il était une fois.
Comme si l'artiste, au fait de la beauté du monde, en avait révélé les couleurs.
Daniel Buren, Nef du Grand Palais, jusqu'au 21 juin.
22:27 Publié dans Photo, art contemporain | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beauté, art contemporain, art moderne, couleur, photographie, daniel buren, monumenta, grand palais |
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05.05.2012
Bleu acier (1ère partie)
Ethan se glissa entre deux entrepôts, dont l’interstice lumineux lui indiquait la direction du port. Il ne voyait rien, si ce n’est en baissant la tête quelques oranges qui roulaient sur le sol. Ses pas s’aimantaient au reflet moiré de l’eau et aux sirènes des porte-conteneurs. Il jeta un œil derrière lui et vit la colline de Haïfa plongeant vers la mer. Il avait du mal à imaginer que Haïfa ait pu être une étendue d’oliviers avant de devenir cette friche industrielle posée sur l’eau comme un rail rouillé. Il dépassa un entrepôt de chaussures, puis un local réfrigéré de fruits et légumes. Il marchait, avec la nonchalance d’un promeneur qui profite de chaque instant. Les porte-conteneurs lui paraissaient d’inquiétantes créatures d’acier, surmontées de grues rouges et son regard peinait à embrasser l’immensité de leur surface de portage. Il cherchait un bar pour y dérouler sa fin d’après-midi. La chaleur s’emparait de lui et la reflection de l’eau, loin de véhiculer l’air du large, figeait chacun de ses gestes dans une éternité ensoleillée. Chaque mouvement lui coûtait et accentuait son désir de s’asseoir sur une chaise.
Il était évident, en balayant l’ensemble des installations portuaires, que les hommes se laissaient happer par une volonté de saccager la Méditerranée, du moins Ethan le pensait-il en se baladant dans cette décharge à ciel ouvert, vidée de présence humaine à l’exception de quelques marins effrontés, qui sautaient de leur pont dans des flaques d’huile peut-être pour impressionner des navigatrices du dimanche, aux boucles brunes qui se déroulaient dans leur dos nu comme un tapis d’algues, et faisaient virevolter leur hors-bord dans le port avant de partir se balader en mer. C’était sans doute une manière de leur dire bonjour et de braver la saleté du quotidien dans des sauts héroïques, qui n’avaient pour seul mérite que de justifier à leurs yeux d’avoir mis un pied devant l’autre ce matin-là. Il les apercevait s’élançant dans un ballet rythmé, droits comme des citrons, avant de disparaître dans l’eau noirâtre pour mieux ressortir, fierrots en agitant la main. Mais toute cette ferraille lui donnait mal au cœur, ces carcasses, ces voyages sans âmes, ces soupirs sans amour. Ethan longeait désormais la mer, qui toute souillée qu’elle était de la fièvre du commerce, matérialisée par ces bateaux charrettes pleins à ras bord, toute souillée, conservait malgré tout cette bleuité d’innocence qui réveille les âmes fatigués de Joseph Conrad. Car la mer resterait le rêve d’immensité, malgré le village global, et l’uniformisation des cultures et le tout est dans tout et réciproquement. Elle serait toujours ce qui nous sépare de l’autre, de nos futures amours, de la fille qu’on aime, des enfants qui ont grandi, des rêves déchus.
Les oranges roulaient à ses pieds, c’était plutôt pas mal comme fin d’après-midi. Il trouva enfin un bar digne de ce nom avec des vrais marins dedans sans bérets à pompons. Il allait pouvoir se soûler jusqu’à la nuit tombée. Et pourquoi, lorsqu’il ne s’y attendrait plus, ne rentrerait-il pas avec une fille perdue sous le bras, cigarettes et ptites pépées. Ethan rêvait tout éveillé, aussi avait-il l’air un peu con quand il poussa la porte du bar. Il y aurait des chaises. L’établissement était tenu par deux cinquantenaires, disharmoniques, l’un parlait fort et vulgairement, l’autre n’arrivait pas à articuler un mot comme s’il avait eu une extinction de voix que l’imagination romanesque d’Ethan attribua sans ciller à un cancer des poumons. Le goût des maladies chez l’homme est inné un peu comme la marche, un baiser ou des frites. Dans le rade, enfumé en diable, ce qui corroborait l’hypothèse d’Ethan, qui lui valait de s’adresser au barman avec une sorte de pitié de circonstance, dans le rade étaient épinglés un portrait de Che Guévara, d’Oum Kalsoum, des photos du Sinaï, et des affiches géantes du Galatasarai. ce qui lui donna idée de commander un café turc, pour vérifier la raison obscure de ces amitiés ottomanes. Le café se révéla plein de marc, mais trompa sa solitude. Force était de constater que river ses yeux au fond de tasse constituait un début d’occupation. L’aphone toussa.
....
16:33 Publié dans Nouvelles, récits | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mer méditerranée, voyage, conrad, amour, fille, eau, industrie |
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29.04.2012
Une délicieuse requête qui a conduit ici une ou un internaute
"C'est sûr eliza doolittle porte une robe très bien coupée."*
* Si vous vous reconnaissez dans cette citation, n'hésitez pas à m'en faire part.
14:34 Publié dans Inclassable | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eliza doolittle, cinéma, fashion, robe, blog |
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27.04.2012
...à méditer
"Dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c'est faciliter la réussite des médiocres"
Michel Audiard à propos de Félix Libris
09:48 Publié dans Cinéma, télévision, Congrégation des crapules et des fantasques, Inclassable | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michel audiard, felix libris, cinéma, littérature |
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15.04.2012
Los Angeles, prête-moi tes rollers...
La Cité des démons
Des écrivains ratés se promènent en Porsche, dont ils cassent les phares pour donner une impression vintage. Le fantôme des Doors marche dans le grenier. Les riffs se perdent dans la nuit. Les yeux d'enfants pétillent sous les enseignes de glacier.
Rock me, burn me
Les skateuses qui couchent avec vous s’enfuient au petit matin avec vos vinyls. Les portes grincent. Kurt Cobain est mort. Une fille passe la veillée funèbre une bougie à la main au bord de l’Océan. Los Angeles est la ville du rock, et si vous portez un coquillage à l’oreille, ce n’est pas les vagues que vous entendrez.
Tentaculaire
Je rêve d’y aller mais tout le monde est déçu, c’est une ville d’échangeurs, de drive in, et de panneaux d’autoroutes. Sur les hauteurs, dans une petite maison, Julie Delpy écrit des comédies, dans lesquelles son père crève l’écran un saucisson à la main. Petite frenchy dans la grande ville. Elle ne sort pas : la fumée des Hummer l’intoxiquerait.
Venice is a bitch
Des canaux, de petites maisons, le refuge des poètes de la Beat generation, les marchands de glace, les streatballers, les palmiers, les embouteillages. Nous sommes inquiets : ne serait-ce pas la Croisette, mais en mieux ? Le dernier chic sur la plage, faire du footing avec des chaussettes hautes, des Ray-ban et un Borsalino sur la tête. La lumière est surexposée, ce qui donne l’impression de vivre dans les années 1980.
Où l'on se gondole
Venise Beach est le berceau de la planche à roulettes. "Travaille-le ollie pour t'envoyer en l'air" : telle est la devise des skateuses. Le fondateur du quartier, un certain Abott Kinney, admirateur de la cité des Doges, décida de transformer les marécages en canaux.
En 1905, des gondolieri participent à l'inauguration.
...à contre-courant
Saviez-vous que l’eau est froide ? L’Océan pacifique fait semblant de donner sa respiration à la ville. Ce qui rafraîchit les sportifs dans les salles de musculation à ciel ouvert. Les bateaux tagués échouent sur la plage, où ils se métamorphosent malgré eux en installation artistique.
"Dieu nous hait tous"
On mange une glace et hop on y va!
Outre les soirées organisées par le Los Angeles Time, l’une des principales distractions nocturnes réside dans la tournée des clubs de strip-tease. C’est pas glorieux, je sais.
Politique
Kérouac a laissé son empreinte hippie. Un vent de liberté a soufflé sur la lagune et les pontons, là où les rêves sont inoxydables.
Les habitants de Venice beach votent Démocrates, disposent de la plus grande clinique de soins gratuits du pays pour maintenir la mixité sociale, ne mentent jamais durant les repas mondains, ont une fille adoratrice de Satan, mais ça ne les inquiète pas, car vous savez quoi ?
Ils sont cools.
Fille à la vanille
Karen a quarante ans, est douce, compréhensive, terriblement sexy, et ne ment jamais. Un goût inné pour le bonheur. Le genre de fille qui joue de l’air guitare et mange des fausses pommes.
14:43 Publié dans Rêveries américaines | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : los angeles, l.a, fashion, tendance, david duchovny, californication, voyage, littérature, beat generation, venice beach, hollywood |
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08.04.2012
Joyeuses Pâques
Préférez-vous les cœurs d’homme ou les cœurs en pain d’épices ?
Les cœurs à la cannelle. À l’anis étoilé, à la fleur de sel. Le ciel et la mer se fondent dans les cœurs en pain d’épices. Ces objets traditionnels résistent aux orages, à la pluie, aux rayons de soleil, aux giboulées de mars.
Ils ne se brisent pas comme un cœur de femme et n’ont pas le goût de la souffrance. Les cœurs en pain d’épices sont beaux, peuvent décorer les étagères, s’asseoir sur nos genoux, et servent de signes de reconnaissance dans les gares.
Leur recette est secrète. Ils ne s’accélèrent pas, ne battent pas la chamade, n’ont pas le mal de mer et flottent sur la Baltique.
17:15 Publié dans Actualité, Inclassable | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, joyeuses pâques, littérature, baltique, pologne |
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06.04.2012
Contre les empêcheurs de danser en rond
J’ai rangé ma trompette pour faire des pirouettes.
Je me fais le porte-parole des robes de soirées pour me plaindre de vos agissements. Vous aimez la techno impersonnelle ou les groupes allemands. Je le sais : c'est vous qui découragez les jupes légères, avec vos gros tee-shirts en lettres gothiques. Et qui changez de morceau pendant Marcia Baila. Baahh ! Vous êtes repoussants !
Ou alors ne serait-ce pas vous ! Oui vous ! ...Vous qui pourrissez la boum en discutant de politique ! Jusqu'à que le moral des troupes flanche et qu'elles s'extasient sur des chanteurs caverneux. Dégagez pompeux !
Parfois vous êtes plus sémillants : vous préférez passer la soirée à boire du champagne dans le carré VIP avec votre portefeuille sur la table.
On me l’a dit ! Je le sais : Vous prenez en photos des derviches tourneurs pour vous moquer après, bande de pieds plats ! Laissez-nous : rejoignez votre confrérie d'enquiquineurs qui se plaignent qu'on casse vos assiettes.
Loin de vous, au pays d'Esther Williams, de Fred Astaire, Ginger Rogers, Gene Kelly et Cyd Charisse, les parapluies circonfèrent, les décolletés tournicotent, les canapés se retournent comme des crêpes, les claquettes claquent et les soeurs jumelles errent dans les ruelles, en quête de beaux jumeaux latins pour danser dans les bouges de Buenos Aires.
These boots are made for jumping.
Signé Pardie
23:46 Publié dans Lettres | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, buenos aires, lettres, tango, soeurs jumelles, music, musique, rock, fred astaire, ginger rogers, gene kelly, esther williams, cyd charisse |
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29.03.2012
Confession
Le garçon songeait à elle, à ses jolies jambes.
Il s'approcha du confessionnal. Il avait de l'appréhension et ne faisait pas le malin. Le soleil baignait les hautes herbes. Il se hissa à l'intérieur. La vue était magnifique sur les collines. Il tourna timidement la tête. Il y avait quelqu'un. Il prit sa respiration comme s'il allait manger une glace. Il se lança.
"Elle est belle, elle a une robe bleue, nous nous sommes embrassés...
- Mais qu'est-ce que tu me racontes? Ce n'est pas un péché! Allez file!"
Le garçon se laissa glisser, faillit se rompre le cou, et disparut dans les champs.
22:34 Publié dans Nouvelles, récits | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : confessional, religion, design, littérature |
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Sous les pavés la piscine
17:51 Publié dans Photo, art contemporain | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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25.03.2012
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18:51 Publié dans Photo, art contemporain | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, religion, littérature, graffiti, jef aérosol |
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14.03.2012
La grosse Histoire du Big Mac
Chapitre 1 - Contre les idées reçues.
Les frères Mac Donalds Mike Dike et Maurice Mac Donald ne sont pas les inventeurs du Hamburger. En même temps, on s'en doute.
Chapitre 2 - Les débuts.
Comme toute bonne success story américaine, l'histoire débute dans un garage, au milieu des huiles de moteurs. Ils bricolent leur premier grill artisanal, sur des vieux tonneaux. L'idée de faire cuire de la viande sur des plaques mal nettoyées ne les quittera plus, comme le leitmotiv lancinant du rêve américain. Leur premier stand de hots dogs appelé "Airdome" ne décolle pas. Mais en 1940, ils renomment leur restaurant "Mac Donald's" et bougent pour San Bernardino, en Californie, à deux pas de la plage, où tout le monde sait chacun mange n'importe quoi.
Leur camionnette sur le trottoir rapporte et les deux Mac voient leur train de vie progresser. À l'image de leur copain KFC, ils proposent également de l'huile de vidange trempée dans du poulet, sous le nom aérien de "chicken wings". Très vite toute la jeunesse dorée s'y presse : Humphrey Bogart après deux bouteilles de whisky, Lauren Bacall, qui passe récupérer Humphrey Bogart, les éboueurs qui passent récupérer les boîtes en carton.
Chapitre 3- Le Fast Food.
Les produits sont désormais directement consommés au volant. On mange vite pour oublier. Vite fait, bien mangé. Cela permet d'écouter de la musique ou de regarder "King-Kong", sur un parking douteux entre deux gran torini. Avec le voisin qui vous regarde.
Chapitre 4- Partout dans le monde.
L'Europe en ruine apprécie particulièrement la viande grillée sur des tonneaux. Le plan Marshall survient à point nommé pour les deux frères Mac Donald.
Chapitre 5- La consécration.
Ils créent en 1963 une "Université du Hamburger" qui rejoint la longue liste des universités qui ne servent à rien : la Fac de lettres, la Fac de psycho, la fac Pasqua, les écoles supérieures de marketing. Tous les matins de jeunes étudiants longilignes se rendent sur un campus ou pâturent des vaches, leur barbecue en bandoulière.
Chapitre 6 - Controverse.
Souvent synonyme de malbouffe dans la bouche de José Bové, ou de Ingrid Bétancourt, il n'est jamais associé au raffinement. Il vaut mieux manger sa main avec une pomme.
21:14 Publié dans Rêveries américaines | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mac donald, big mac, humphrey bogart, lauren bacall, josé bové, chicken wings, la grosse pomme, victoria olloqui |
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13.03.2012
Contre les brunes
Madame,
Nul ne doute que vous ne fassiez partie de la confrérie des femmes en noir, et que dans vos ténèbres Belzébuth ne trouve une alliée sûre. C’est que votre noirceur d’âme est telle que vous la portez sur vos cheveux.
J’imagine ce que vous susurrez, dans vos incantations.
« Et la Joconde ?... c’est quand même bien une brune ! » Sachez, Chère Ange, que le Louvre est bien seul à tenir à la Joconde comme à la prunelle de ses yeux.
Le chemin habituel des brunes dans les salons est de répondre aux pépiages incessants des blondes par un mutisme absolu. Il n’y a rien d’enchanteur dans cet obscurantisme qui consiste à feindre la mouette devant un parterre de pies. Et je regrette, bel oiseau, que vous ne sortiez quelquefois de votre placard à balai, pour vous engager dans quelque missive. Votre silence apparaît tel que vous n’aimez pas à noircir des cahiers, et prêtez plus d’amitié à la page blanche qu’au stylo noir - au mépris de toute solidarité.
Parfois néanmoins le soleil sombre de la mélancolie illumine votre teint. J’aime alors à songer que, revêtue d’un crêpe, Loreley brune, portant le deuil de votre dernier amour, vous entraînez immanquablement les éclusiers à leur perte, dans les fonds d’or des nuits Rhénanes.
Cependant, Madame, l’histoire de la Littérature est blonde.
Et cet ersatz de chant demeure bien peu de choses face au charme lumineux des princesses bouclées d’or de romans de Chevalerie, car je ne me souviens pas que Perceval se fût un jour battu pour une brune.
Aussi souffrez qu’autant que vos cheveux ne seront poudrés, je ne sois, Melle la ténébreuse,
Votre humble et obéissant serviteur.
Cyrano
22:06 Publié dans Lettres | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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12.03.2012
Contre les Marionnettistes
Messieurs les Tireurs de ficelles,
Coupez!
Avant que des légions de Pinocchio ne vous écrasent de leurs petits sabots de bois,
avant que les Guignol lyonnais ne voient en vous de vils Gnaffron à bastonner,
avant que les timides ne passent votre orgueil au grille-pain,
avant que les télétubbies ne vous prennent en sandwich.
Car vous savez, marionnettistes, la révolte gronde.
Il est un soir où les Fair Lady piétineront les Pygmalion,
et où les Sganarelle vous voleront du tabac.
Je vous aurai prévenu.
Signé Scapin
21:13 Publié dans Lettres | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guignol, guignols de l'info, pygmalion, sganarelle, fair lady, hepburn, littérature, politique |
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10.03.2012
Rousses redux
Contre les rousses
Les bûches rougeoient, mais ce sont vos cheveux qui crépitent, dans le foyer incandescent. N'approchez pas, lectrice orange, à moins que vous ne vouliez embrasser le sort des mécréantes rousses dans cet autodafé !
Parfois, au coeur de l'âtre, quelques mèches enlacées palpitent comme des sarments de vignes oubliés dans quelque feu de joie. Embrasez-vous diablesses, en ânonnant vos incantations obsolètes, vos salmigondis rigolos ! Le ciel frémit. Le grand inquisiteur a mal fait sa besogne. Je vous disperse ! Sous le gui, à la lune, au chocolat, à Moscou, les poupées ! Dans la file d'attente, de la gare de Nantes, avec aux lèvres cette ...mousse...au chocolat !
Sale tignasse ! Fribouille mal attifée ! Frimousse mal débarbouillée ! Gourmande que vous êtes, châtaigne hirsute, vous méritez de finir en crème de marron ! Comme dessert d'après-midi d'automne quand on s'embrasse en canotier...
Si le feu s'endort, les pierres restent levées dans la clairière bretonne. Quelques feuilles mortes voltigent sur le sentier.
L'hiver approche... où, dieu merci, vos cheveux seront blancs !
Je vous laisse. Promettez-moi de ranger au grenier vos feux de Bengale. Ils n'amusent que les enfants.
Bien sans vous.
Poil de Carotte

Merci à Bernard P. Photographe. La photo est protégée par un copyright.
http://floredesenlisse.hautetfort.com/
14:48 Publié dans Lettres, Photo, art contemporain | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roux, rousse, fille, cheveux, frimousse, moscou, bretagne, sorcières, inquisiteur |
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07.03.2012
Les affabulations rebelles
L’âne, la tortue et le chien
L’engeance humaine aux caprices est sujette.
Toujours, obstinément, elle souhaite
Qu’à sa volonté l’on soit favorable,
Ce que nous allons voir dans cette fable.
Certains bourgeois, comme loisir ayant,
La compagnie des bêtes, passe-temps
Louable mais de grand labeur, s’offraient
Parfois l’oisiveté de profiter
Agréablement de leurs protégés.
Leur domaine fort vaste consistait
En maintes pâtures, vergers, jardins,
Terres propices à l’observation
Animale, aux promenades sans fin.
Surprenante est l’humaine décision :
On projeta un jour d’aller chercher
Le baudet. Pour, disait-on, le mêler
A une tendre ballade champêtre.
Mais l’animal, paraît-il, n’est pas l’être
Le plus accommodant ; il décida
De ne point déroger à ce cliché;
Et pas le moindre sabot ne bougea.
« Soit, dit à sa femme le fermier,
Trouvons amitié chez d’autres compères ».
L’indolente tortue fut approchée.
Cette dame pouvait bien se complaire
A être sous tous les angles étudiée.
On jugea fort bien de la carapace :
La doyenne ne daigna se mouvoir.
Pis, restant cloîtrée dans son dortoir,
Elle n’offrit point, animal tenace,
Son cou ridé aux regards patients.
Offensés d’un tel accueil, nos deux braves
S’en retournèrent, chassant leur courroux
En songeant à l’ami fidèle et doux
Qui les attendait et qui, sans entrave,
Les accompagnerait docilement
Pour une paisible marche en sous-bois.
Le ciel fit que le temps se gâta.
Et Médor leur dit, par quelques abois,
Qu’à cette sortie il n’inclinait pas.
D’humeur maussade ou non, il faut admettre
Qu’il fait parfois un temps à ne pas mettre,
Même fidèle, un canidé dehors.
Copyright Benoît Pinaud
22:56 Publié dans Congrégation des crapules et des fantasques | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : les indignés, politique, animaux, littérature, fable, l'âne, la tortue et le chien |
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