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14/12/2011

Ma très chère Soeur

Ma très chère Soeur,

Les jours ont passé. L'époque des fenaisons est révolue. Lorsque j'ouvre les fenêtres de ma cellule, je n'entrevois que des arbres vidés de leur substance. Paysage désolé et appelé à renaître dans les vignes de Notre Seigneur. "Voici venue la longue nuit des origines." L'hiver est la naissance du monde. Les journées se font mornes sans les travaux des champs. Si longues, lorsque nous nous levons aux matines. Je suis parfois sur le point de renoncer à mes voeux. Pourtant les heures passent rythmées par l'adoration, les chapelets, les mots fléchés et les offices.

Le petit chat est mort. Et un livre impie a été trouvé dans la crypte : "Comment draguer la Catholique sur les chemins de Compostelle?" Oserais-je vous dire que je ne l'ai pas donné immédiatement au Père supérieur ? et que les mauvaises pensées m'ont bouleversé l'âme. Quel charivari dans mon coeur tout entier voué à Notre Seigneur ! Quel bouleversement dans tout mon petit être moral !

Vous, Solange, luttez-vous aussi contre de mauvaises pensées ? Ou conservez-vous la force, dans la crypte, de garder votre genou à terre pour lui témoigner votre affection?

Donnez-moi vite de vos nouvelles.

Que Dieu protège et sauvergarde les Diaconesses.

Père François

Carnage

L'adaptation de Yasmina Reza est un petit bonheur, même si cette pièce ne relève pas du chef-d'oeuvre.

Roman Polanski enferme tout le monde dans 30 mètres carrés et c'est parti mon kiki ! Le plaisir naît du traitement des acteurs sur un pied d'égalité : Jodie Foster laisse ses trois comparses donner la pleine mesure de leur talent.

L'énergie croissante des personnages, qui semblent se brancher ponctuellement sur le secteur avant de retomber dans l'abattement le plus complet, comme des hamsters Duracell, titille les zygomatiques. Jusqu'au générique de fin. Plus malicieux qu'il n'y paraît.

Roman ne serait-il pas un grand cinéaste optimiste?

 

Benoît Pinaud - Le fabuleux fabuliste

La Congrégation des crapules et des fantasques accueille en son sein Benoît Pinaud, auteur discret qui remet au goût du jour un genre littéraire oublié : la Fable. Et à l'heure où l'on publie des SMS, il est grand temps de redécouvrir les choses simples.

Il accepte pour la première fois de rendre public un des textes, où les ballons dessinent des arabesques.

Merci à toi, ô Benoît Pinaud !

Le ballon et l’enfant


Sitôt le pied posé
Sur le sable doré,
L’enfant blond divagua.
En ce matin tout neuf, dans un si bel endroit,
L’air fusait tendrement et offrit au bambin
De soulever un brin
Son ballon éclatant.
De ce hasard content,
Il confia sa course
A sa baudruche rouge et au doux vent marin,
Disant adieu à tous
D’un rire cristallin.
Il allait, batifolant et dodelinant,
Sautillant, zigzagant,
Dessinant au sol les courbes les plus plaisantes.
Et rien, à cette heure, pour troubler la séance.
Quand, soudain, au hasard
D’une brise plus faible,
Vinrent à son oreille
Les cris de désespoir
Des parents alarmés
D’une telle conduite, menant au danger.
Le sujet fut hélé
Et sommé de rejoindre,
Ordre vociféré,
La prudente engeance toujours prompte à se plaindre.
L’enfant fut de retour
En gardant le sourire :
Le guidant à rebours,
Son ballon, d’un soupir,
Vint danser follement
Au-dessus des parents.

Tout laisser aller n’est pas un vilain défaut.
C’est une liberté
A ne pas oublier
Que d’aller où nous mène la vie, sans repos.

© Benoît Pinaud